Antoine Givre

Grands témoins d’Ars contemporains ou amis du Saint Curé : Antoine Givre, « Le petit berger »

Antoine GivreAntoine Givre [1806-1959]

"Le petit berger"

C’est le premier enfant d’Ars à avoir une statue à l’entrée du village, et à être ainsi devenu si célèbre, alors que l’on ne connaît presque rien de lui… Le vendredi 13 février 1818, par une fin de journée pleine de brouillard comme il en arrive souvent à cette époque, le jeune Antoine est dehors (il a 12 ans). Gardait-il ses vaches ou ses brebis comme le rapporte les biographes ? L’heure et surtout la saison permettent d’en douter, mais il était là avec des amis, sur le chemin qui vient de Lyon par Toussieux. Il se trouve à la limite de la commune, ou plus précisément à celle de la paroisse. Arrive un attelage avec un jeune prêtre qui marche à ses côtés. Le jeune prêtre (32 ans) c’est M. Vianney, jeune pasteur qui vient d’être nommé desservant de la paroisse d’Ars, sous la responsabilité du curé voisin de Mizérieux ; il vient prendre possession de son poste.

La rencontre

Il arrive à pied, accompagné de la veuve Bibost, servante de son défunt curé, l’Abbé Balley. Après une journée de marche, le petit groupe doit être bien fatigué. M. Vianney a quitté Écully tôt le matin, où il vient de passer presque 11 ans à l’école de M. Balley ; il a tout appris et reçu de celui qui vient de mourir et qu’il considérait comme son maître.

Tu m’as montré le chemin d’Ars, je te montrerai le chemin du Ciel

Il sais aussi qu’on l’envoie dans un village pauvre, loin des grands voies de communication, marqué par la révolution et la déchristianisation qui l’a suivie. Son premier paroissien rencontré est donc Antoine Givre, qui rapportera l’entrevue. Le jeune Antoine ne réalise pas que le destin de son petit village vient alors de basculer avec l’arrivée de ce nouveau pasteur !

Voyant le jeune garçon, l’Abbé lui demande la route. Dans un patois différent de celui d’Écully, Antoine lui montre la direction. « Eh bien mon ami, lui dit M. Vianney, tu m’as montré le chemin d’Ars, je te montrerai le chemin du Ciel ».

Le monument

C’est en ce lieu que ce dresse actuellement le monument de bronze réalisé en 1936 par Castex. Le jeune Antoine ne perçut certainement pas la portée de la réponse : toute la mission du futur Curé d’Ars est là, montrer le chemin du Ciel à chacun, c’est-à-dire les conduire sur le chemin de la vie avec Dieu, le chemin de la sainteté.

Puis, M. Vianney se baisse et embrasse le sol en signe d’amour pour les personnes qui habitent ce lieu et vers lesquelles il est envoyé. On rapporte qu’il se fit alors cette remarque en regardant les quelques maisons tapies au creux du vallon : « que c’est petit ! un jour cette localité ne sera pas assez grande pour accueillir la foule de ceux qui y viendront » ; il ne démentit jamais cette observation.

Le petit Antoine devenu grand, se mariera, aura une famille et décèdera le 9 août 1859, cinq jours après le Saint Curé, il y a 150 ans.
Jusqu’au bout celui-ci lui aura montré le chemin du Ciel…

Extrait des Annales d’Ars n° 322 [sept-oct 2009].