ARS 2018 : 200 ANS DE L’ARRIVEE DU SAINT !

Le Dimanche 11 février 2018, nous fêterons le 200e anniversaire de l’arrivée du Saint à Ars. Ainsi nous inaugurerons cette année spéciale pour rendre grâce à Dieu pour le don de ce saint pasteur. En quoi cette année anniversaire pourra-t-elle nous inspirer ? Quelques points.

« Ars est à trente kilomètres d’Ecully, M. Vianney voyageait à pied, en mince équipage, accompagné de la mère Bibost, qui jadis avait pris soin de son trousseau d‘écolier, Quelques hardes, un bois de lit, les livres hérités de M. Balley suivaient derrière dans une voiture. On ignore qui en était le conducteur. Le nouveau curé eut peine à découvrir sa paroisse. Une brume s’était épandue sur la campagne, voilant les lointains, Ne trouvant personne qui les renseignât, passé le village de Toussieux, les voyageurs s’égarèrent et marchèrent quelque temps à l’aventure. Sur de vagues prairies des enfants paissaient leurs moutons. M. Vianney alla vers eux. Ces pâtours qui parlaient le patois du pays ne le comprirent pas tout d’abord : il leur demandait la route du château d’Ars, le croyant situé dans le village même. Il dut répéter plusieurs fois la même question. Enfin le plus intelligent, un nommé Antoine Givre, remit sur la voie ces inconnus. « Mon ami, lui dit le prêtre pour l’en remercier, tu m’as montré le chemin d’Ars ; je te montrerai le chemin du ciel ». Puis le jeune berger expliqua que, là même où ils se trouvaient, passait la limite de la paroisse. Le Curé d’Ars se mit à genoux et pria. Bientôt l’humble groupe dévala la pente qui mène au Fontblin. De là M. Vianney découvrit « quelques chaumières éparses autour d’une pauvre petite chapelle ». En apercevant, grises dans la nuit tombante ces maisons basses couvertes de chaume : « Que c’est petit ! » songea-t-il ; et il ajouta, mû par un pressentiment surnaturel : « Cette paroisse ne pourra contenir tous ceux qui plus tard y viendront ». Alors il s’agenouilla de nouveau et invoqua l’Ange gardien de la paroisse. Sa première visite fut pour l’église. » (Mgr Trochu, Le Curé d’Ars, Résiac, p. 139) Le Dimanche 11 février 2018, nous fêterons le 200e anniversaire de l’arrivée du Saint à Ars. Ainsi nous inaugurerons cette année spéciale pour rendre grâce à Dieu pour le don de ce saint pasteur. En quoi cette année anniversaire pourra-t-elle nous inspirer ? Quelques points. Il leur demandait la route du château d’Ars, le croyant situé dans le village même Mgr Trochu, relatant les péripéties de l’arrivée du Saint à Ars, écrit : « Le nouveau curé eut peine à découvrir sa paroisse. » Avec ses collaborateurs, à cause de la brume, ils s’égarent et marchent quelque temps à l’aventure. La rencontre n’est pas immédiate ; elle est d’abord un chemin d’hésitations et de découvertes. « Le prêtre s’inscrit dans une histoire indissociable de celle du peuple qui lui est confié ; cependant personne ne sait ce qui se passera dans l’avenir. Il doit donc, pour être disponible à l’Esprit Saint, savoir affronter l’inconnu. » (MgrBeau, discours à la conférence épiscopale, 4 novembre 2017) Le nouveau prêtre marche vers un inconnu et peut-être aussi vers une terre indifférente au message de l’évangile. C’était l’expérience du curé de campagne de Bernanos : « Ma paroisse est dévorée par l’ennui, voilà le mot… L’ennui les dévore sous nos yeux et nous n’y pouvons rien… Et lui, le village, il semblait attendre aussi – sans grand espoir -, après tant d’autres nuits passées dans la boue, un maître à suivre vers quelque improbable, quelque inimaginable asile. » C’est l’être-même du prêtre, plus que le faire, son élan missionnaire, sa formation au discernement pastoral qui vont le remettre continuellement sur le chemin de la rencontre avec les fidèles. Il se trompera de cible (le château au lieu du village) ; son langage ne sera pas tout de suite perçu ; il lui faudra du temps pour comprendre le patois de ses ouailles. Il usera des moyens de fortune que lui offre la Providence. « Je me suis informé de comment parvenir à Niegowic (où l’archevêque de Cracovie m’avait nommé) ; et je me suis débrouillé pour y être le jour fixé. Je suis parti de Cracovie à Gdow par le bus, et de là un paysan m’a pris dans sa charrette jusqu’à la campagne de Marzowice, après quoi il m’a conseillé de prendre un raccourci à pied à travers champs. Je marchais parmi les champs de blé, en partie déjà moissonnés, en partie ondulant au vent. Quand j’arrivai finalement sur le territoire de la paroisse de Niegowic, je me mis à genou et j’embrassai la terre. J’avais appris ce geste de Saint Jean-Marie Vianney. » Karol Wojtyla raconte son chemin vers sa terre de mission dans le récit de sa vocation (Don et mystère, 1996). Aujourd’hui l’inconnu, c’est peut-être la forme nouvelle de la présence de l’Eglise et des ministres au monde. « On se demande moins ce qu’est le prêtre que ce que devient l’exercice de son ministère dans des situations toujours nouvelles… Il doit bien y avoir une place pour une attitude pastorale nourrissante pour le prêtre, respectueuse des personnes et constructrice pour la mission. » (Mgr Pontier aux prêtres du diocèse d’Albi, 17 novembre 2005) C’est Antoine Givre, le plus intelligent des pâtours, qui remet M. Vianney et la mère Bibost sur la bonne voie. Dans la pauvreté des moyens humains, avec l’humilité de celui qui sait demander pour chercher, dans la simplicité des relations humaines, avec l’amour des gens, les pasteurs, comme les éducateurs, les responsables, les parents cherchent aujourd’hui leur Ars : Où est mon Ars ? Et petit à petit, ils prennent la mesure de la responsabilité qu’ils assument. Et ils embrassent leur terre. Ils embrassent la terre des personnes qui leur sont confiées et qu’ils aiment déjà. Le Saint Curé aura besoin plusieurs fois d’être remis sur le chemin de l’acceptation de sa responsabilité pastorale. « Je ne suis pas fâché d’être prêtre pour dire la Sainte Messe, mais je ne voudrais pas être curé. J’en suis fâché. », confiait-il à Catherine Lassagne. « Je cheminais versant des larmes à l’idée de la responsabilité qui, désormais, allait peser sur moi. » « Si j’avais su tout ce que j’aurais à souffrir étant curé, je serais mort de chagrin. » Pourtant, après chaque tentative de fugue, il va renouveler, dans l’amour, l’assomption de sa responsabilité pastorale. Il mourra comme curé. Assumer la charge pastorale, c’est – comprit-il - un amour extrême. Et c’est à partir de cet amour que le pasteur guette l’horizon pour ses brebis. Tu m’as montré le chemin d’Ars, je te montrerai le chemin du Ciel. « Mon ami, lui dit le prêtre pour l’en remercier, tu m’as montré le chemin d’Ars ; je te montrerai le chemin du ciel ». Et il constata combien le Seigneur avait choisi pour lui une humble mission, une toute petite paroisse, dont il n’était pas même curé : « Que c’est petit ! » Mais il ajouta, mû par un pressentiment surnaturel : « Cette paroisse ne pourra contenir tous ceux qui plus tard y viendront ». Le pasteur est animé d’une vision inspirée par le Seigneur, qui va le porter et lui indiquer un horizon, un pays dont il va découvrir le chemin, jour après jour, nuit après nuit, en scrutant le Ciel et ses étoiles, pas à pas… De par son union à la Trinité, le pasteur expérimente, en premier, l’épaisseur du Ciel déjà présent sur cette terre et il en partage l’expérience : « Je pense souvent que, quand même il n’y aurait point d’autre vie, ce serait un assez grand bonheur d’aimer Dieu dans celle-ci, de le servir et de pouvoir faire quelque chose pour sa gloire. «  « Je me reposerai en Paradis. Je serais bien à plaindre s’il n’y avait pas de Paradis ! Mais il y a tant de bonheur à aimer Dieu dans cette vie que cela suffirait, lors même qu’il n’y aurait pas de paradis dans l’autre vie. » Le Saint Curé partageait avec joie son expérience du Ciel et il l’indiquait à chacun comme voie de bonheur. C’éta’t son ministère, sa manière d’évangéliser, d’annoncer bref la bonne nouvelle. Vécu ainsi, le ministère presbytéral devient vraiment un chemin de bonheur profond et de croissance en humanité, au service des femmes et des hommes de notre temps, même si le monde est en monde en pleine mutation. Les prêtres s’épanouissent certainement dans le partage de la vie de ceux pour lesquels ils exercent le ministère. Ils sont appelés à le vivre dans une culture de la rencontre : contacts, dialogues, confidences. Rien n’y est banal, car c’est au cœur de ces relations qu’ils discernent et esquissent le Ciel ; au cœur des joies et des espoirs, des tristesses et des angoisses des hommes et des femmes de notre temps, des pauvres et de ceux qui souffrent (cf. Concile Vatican II, Gaudium et spes 1) De fait, le prêtre diocésain est par vocation inséré dans un peuple dont il partage la vie. La Parole de Dieu, dont il se nourrit, lui indique l’horizon de son cheminement entre Ciel et terre : voici le chemin du Ciel, voici le chemin d’Ars : c’est bien à la croisée de ces chemins que se manifeste le Ciel au cœur de nos vie. « Vraiment, nous attendons d’y voir se révéler notre Seigneur Jésus Christ. » (cf. 1 Co 1, 3-9) C’est au cœur de ces rencontres, de ces partages, de ces discernements, de ces joies et de ces souffrances que nous expérimentons la fécondité de notre vie et de notre ministère. Nous sommes alors les témoins du Dieu proche des hommes. Et cela nourrit notre joie d’être pasteurs. La mission du pasteur est d’indiquer le chemin du Ciel ; elle est d’inviter à l’expérience du Royaume, au cœur du monde. Quel est donc mon Ars, quel est donc notre Ciel ? Il ne faudra oublier personne. Il faudra garder continuellement dans notre cœur l’attention à la multitude, pour les inviter tous au Royaume : villageois, citadins, chrétiens, croyants, agnostiques, athées, pèlerins, touristes… « Comment concilier cette volonté universelle et très générale de Dieu d’attirer les hommes au repas de son royaume, – même au besoin en passant outre à leurs désirs, à leurs attentes et en les poussant dans le dos pour qu’ils entrent de force dans la salle du banquet -, cette vision dont on peut dire qu’elle est « multitudiniste », qui veut toucher « la multitude » comme le dit très bien notre prière eucharistique, et notre expérience de la célébration eucharistique qui n’est pas fréquemment « multitudiniste » ? (référence à la parabole de l’invitation aux noces du royaume) On peut quelquefois se demander si nous ne sommes pas un peu timorés devant cette propension à aller ramasser au gré des chemins, les estropiés, les bancals et même ceux qui n’en veulent pas ! Est-ce que notre conception de l’accès à la table du Seigneur correspond bien à cette vision dans laquelle le Père veut attirer tous les hommes ? Peut-être que l’histoire nous a appris à nous méfier de cette tendance à attirer tout le monde dans l’Église et à faire le tri après… Elle nous a un peu déçus… Mais, je reste quand même avec ma question : est-ce que, poussés par les statistiques, nous ne nourrissons pas inconsciemment une théorie satisfaisante du petit nombre des convaincus face au grand nombre des hésitants ? Notre christianisme ne perd-il pas peu à peu de son enracinement dans le grand nombre, avec tout ce qu’il peut y avoir d’incertain, d’imprécis et d’inégal dans l’adhésion personnelle de chacun ? Est-ce que nous ne passons pas du christianisme du peuple au christianisme des individus très soigneusement étiquetés, mesurés, vérifiés ? Mais si peu nombreux ! Cette Église ne risque-t-elle pas de devenir une Église des purs dont on s’apercevra peut-être un jour qu’ils n’étaient pas si purs que leur piété le laissait penser ? » Puisse cette réflexion récente et très actuelle du Cardinal Vingt-Trois aux Évêques de France (homélie du 7 novembre 2017) ouvrir grand notre regard sur le chemin de notre Ars et sur la voie du Ciel ! Quel est mon Ars ? Quel est mon Ciel ? Saint Curé d’Ars, montre-nous le chemin. Et remets-nous continuellement sur ce chemin ! P. Patrice Chocholski Curé recteur