ARS 2019 : La Sainteté avec le Pape François et le Curé d’Ars

L’amour fraternel : « Ecce Ecclesia » !

Jeune séminariste, animant des rencontres bibliques dans des maisonnées en Italie du Sud, j’ai été sollicité pour donner des catéchèses sur l’Eglise. J’ai aussitôt pensé que le plus à même de parler de l’Eglise, après le Christ, ne pouvait être que Saint Pierre, sur lequel le Seigneur Jésus a fondé son Eglise. Je me suis mis à étudier la première épître de saint Pierre. Quelle ne fut pas ma surprise de ne pas y trouver le mot ekklesia, terme grec signifiant l’Eglise ! Pourtant l’auteur de cette lettre s’adresse à la « communauté des frères » (2,17), à tous ces frères qui de par le monde à cause de leur foi sont en butte aux mêmes souffrances (5,9), à ces frères et sœurs appelés à s’aimer d’un cœur pur, sans feinte, d’un véritable amour fraternel (philadelphian anhypocriton en 1,22) ; et il appelle tous à aimer l’adelphotes (2,17), cette fraternité vécue, par laquelle de fait il désigne l’Eglise.

C’est avec émerveillement que nous pouvons constater que l’Apôtre ne parle pas d’abord d’église, mais de fraternité. C’est pour lui le premier nom de l’Eglise. Cela pour nous dire que l’essence de l’Eglise du Christ, c’est l’adelphotes, la fraternité en acte. Invitons donc les gens de notre temps à apprendre à aimer l’Eglise en tant que fraternité.

C’est certainement en voyant la fraternité à l’œuvre parmi nous qu’ils seront amenés à l’aimer. Et ils la découvriront comme un jaillissement de la présence aimante du Christ. C’est là qu’ainsi ils discerneront les contours du Corps du Christ.

Jean-Paul II affirmait que l’ecclésiologie de communion était l’idéal central du Concile. Mais aujourd’hui nous pouvons aller au-delà et affirmer avec clarté que l’Eglise est avant tout une communion. C’est une communion symphoniquement articulée par l’Esprit Saint, une communion qui doit donner des signes de visibilité. Mais peut-être ne sommes-nous pas assez attentifs à la fraternité. Certes nous nous sommes habitués à lire les structures institutionnelles de l’Eglise mais sans doute trop peu à en lire l’émergence visible de fraternité.

Pourtant aujourd’hui, partout dans le monde occidental, on sent l’urgence de la fraternité. C’est émouvant de constater qu’en France, même la pensée laïque en arrive à confesser que ce qui nous manque, c’est la fraternité. Edgar Morin, en fait le constat : nous avons beaucoup cherché à vivre la liberté, nous avons cherché à vivre l’égalité, mais nous avons oublié la fraternité. Or, sans la fraternité, même la liberté, même l’égalité deviennent précaires et du coup s’avèrent faibles. Dans une société aussi fragmentée que la nôtre, où prévalent individualisme et narcissisme, la fraternitas est très difficile à mettre en œuvre.

Pour autant, nous les chrétiens sommes appelés avant tout à la fraternité. Nous le savons : c’est de la fraternité que naissent les autres vertus. Les fraternités deviennent ainsi des oasis d’espérance, de résistance à l’esprit du monde dans une société en désespoir. C’est de l’intérieur de notre vie et de notre Eglise que peuvent émerger ces contours d’espérance pour le monde. Ecce Ecclesia !

Le Saint Curé donnait beaucoup d’importance à l’être frère. Ce fut même son testament, sa dernière parole avant la mort adressée au frère Athanase : « frère ! ». Oui, il s’est entouré de frères.

P. Patrice Chocholski Curé recteur