Etiennette DESCOMBES

[1787 (?) - 1873]

Des incertitudes subsistent sur cette modeste femme hors du commun qui vivait dans la petite ville industrielle de Cours (Rhône). Elle serait née le 30 avril 1787 (et non en 1766 comme certains l’ont écrit). Elle aurait été institutrice (en tous cas vers 1836). Mais ce qui importe c’est qu’elle soit venue plusieurs dizaines de fois (une quarantaine ?) à Ars. La première fois se situe vers 1828, alors que la réputation du saint Curé commence à se répandre un peu partout, en raison des nombreuses missions paroissiales auxquelles il avait prêté main forte. Étiennette vient le rencontrer pour lui demander conseil au sujet d’une œuvre spirituelle en faveur des âmes du purgatoire à laquelle elle croit mais dont les difficultés la font douter. Pour ces âmes, elle offre des nuits de prières, des messes et des privations. Saint Jean-Marie Vianney lui redonne confiance par ces mots : « Votre mission est belle et très agréable à Dieu. Oh ! des messes, des messes pour les âmes du purgatoire ! Quoi de plus précieux ? Faites-en une ample moisson : Dieu vous en donnera la grâce, il vous bénira, il vous accordera de longues années encore pour le bonheur de ces pauvres saintes âmes ». Dès lors, elle se met à quêter pour les âmes du purgatoire : à la porte de l’église mais aussi en pleine ville. « Un sou, s’il vous plaît, pour les âmes du purgatoire », a-t-elle coutume de demander sans gêne. Il semble que jamais personne n’ait osé s’opposer à elle malgré l’originalité de sa démarche… et de sa personne. Ce n’est d’ailleurs pas sans raison qu’elle est surnommée « la Gniatse » en patois local, c’est-à-dire « la Niaque » en raison de son énergie étonnante… Une fois son petit sac rempli, elle prend la route à pied pour rejoindre la bonne cinquantaine de kilomètres qui la sépare d’Ars, à travers les monts du Beaujolais, tout en mendiant le gîte et le couvert. Malgré le dénivelé, elle avoue trouver le retour plus facile que l’aller : sans doute en raison de la joie de la mission accomplie ! Le Curé d’Ars lui réserve toujours un bon accueil et célèbre lui-même quelques messes qu’elle offre et répartit toutes les autres à des confrères. C’est par centaines que des messes pour les âmes du purgatoire sont célébrées grâce à elle. Devenue aveugle et impotente à la fin de sa vie, des personnes viennent prendre soin d’elle. Plusieurs fois, elles ont la surprise de trouver tout en ordre alors qu’elles prenaient soin de fermer à chaque fois la porte. « Ce sont, assurait-elle dans un sourire, les âmes du purgatoire qui sont venues ce matin ! ». Elle meurt le 23 novembre 1873, sans doute à plus de 86 ans. Ce qui est certain, c’est que ses obsèques triomphales attestent de la réputation qu’elle avait acquise à Cours. Les témoins racontent que les usines de la ville furent fermées et qu’une foule d’ouvriers, de patrons et de membres du clergé l’accompagnèrent vers sa dernière demeure. Sans doute son âme fut elle choyée en arrivant au milieu de ses semblables ?!

Extrait des Annales d’Ars n° 344 [mai - juin 2013].