Frère Gabriel Taborin

Grands témoins d’Ars contemporains ou amis du Saint Curé : Gabriel Taborin

Frere Gabriel TaborinFrère Taborin [1799-1864]

L’enseignement et le catéchisme

Gabriel Taborin naît le jour de la Toussaint 1799 à Belleydoux (Ain), cadet d’une pieuse famille de paysans. Dès l’âge de douze ans, il aide le curé pour l’instruction, l’école ayant été supprimée à la Révolution. Puis il devient tout à la fois sacristain, catéchiste et instituteur dans son village.
À 24 ans, il se sent appelé à se consacrer à l’enseignement des garçons des campagnes ainsi qu’au catéchisme. En 1827 il rencontre Mgr Devie, évêque de Belley, qui l’encourage et le conseille dans cette voie. Il reçoit les premiers postulants en 1833, ouvre un pensionnat à Belmont et fonde deux ans après à Belley l’Institut des Frères de la Sainte-Famille. Le pape Grégoire XVI reconnaît la congrégation en 1841.

Une rencontre avec J-M. Vianney

Devant les difficultés de la fondation, il décide en 1837 de faire le “pèlerinage d’Ars”. Alors qu’il attend comme tout le monde de voir le Saint Curé, celui-ci l’interpelle :

Bonjour, frère Gabriel ! Comment va votre petite communauté ?

— Mais, Monsieur le Curé vous me connaissez donc ?

Oh ! Les amis du Bon Dieu se connaissent bien !

C’est en effet une belle amitié qui commence entre eux ainsi qu’un soutien spirituel, moral et financier de la part du Curé d’Ars. Il oriente même vers lui des jeunes qui cherchent leur vocation et demande en 1849 au frère Gabriel de lui envoyer des frères pour l’école de garçons qui vient de voir le jour à Ars. C’est ainsi qu’arrivent les frères Athanase – qui restera soixante-dix ans sur place – Chrétien et Constance.

C’est en 1849 également que frère Gabriel projette de rédiger une sorte de manuel du pèlerin d’Ars, avec l’approbation du Curé. L’abbé Raymond lui recommande, d’expérience, d’éviter en préambule tout éloge envers M. Vianney.

Son manuel cause du hagrin au saint curé

En mars 1850, L’Ange conducteur des pèlerins d’Ars paraît enfin et le frère Taborin est heureux d’en apporter les premiers exemplaires à Ars. Mais la déception est vive chez le Saint Curé qui découvre que le frère n’a pu s’empêcher de le couvrir d’éloges et de le comparer notamment au « saint Précurseur du Sauveur du monde » ! Il rapporte encore que l’on parle de lui comme d’un « prodige vivant de foi, de piété, de douceur, de zèle, en un mot, de toutes les vertus qui font les saints »…

À la sacristie, le Saint laisse exploser son chagrin : « Comment avez-vous fait pour me tromper de la sorte ? Je vous croyais incapable de faire un mauvais livre. Je ne veux pas qu’il subsiste et qu’il paraisse en aucune façon. Brûlez-le bien vite ! Je vous rembourserai vos frais d’impression. ». Mais l’ouvrage continue sa diffusion avec l’approbation de l’évêque… et le désarroi de l’humble Curé !

Il ne tint néanmoins pas rigueur au frère Gabriel de ce qu’il avait vécu et accueilli comme une nouvelle croix.

Après une vie toute donnée, le frère Taborin meurt à Belley à l’âge de soixante-cinq ans, le 24 novembre 1864.

Il a été déclaré “vénérable” par Jean-Paul II le 14 mai 1991.

Article extrait des Annales d’Ars n° 338 [mai-juin 2012].