7 juillet 2019

Homélie du 14 Dimanche du Temps Ordinaire

Texte de Homélie 14e du Dimanche Temps Ordinaire

En ce dimanche, les lectures nous dévoilent la bienveillance de Dieu envers son peuple, une consolation pour tous ceux qui vivent le découragement. La Parole nous appelle à devenir pour tous des témoins du dessein de bonté du Seigneur - qui se diffuse -, des apôtres de la bienveillance de Dieu. PREMIÈRE LECTURE (Is 66, 10-14c) Cet extrait fait partie du Livre de la consolation d’Israël. Dans un moment de détresse, le Seigneur annonce et montre qu’il veut du bien à ce peulpe, qu’il est avec lui pour le consoler. Consoler = cum solari en latin ; soulager quelqu’un dans sa douleur, dans son chagrin ; l’apaiser, l’adoucir, l’atténuer ; apporter un réconfort. Isaïe prêche au moment du retour de l’Exil à Babylone (535 av. JC. (3e Isaïe). On voit en Jérusalem encore les cicatrices de 587, avec la destruction par Nabuchodonosor : le Temple et la ville sont en partie en ruines, pas d’accueil triomphal pour les oubliés, réfugiés qui ont été remplacés, il y a découragement. Mais le Seigneur veut le bien de son peuple. Il lui porte un regard aimant sans conditions, dans sa bienveillance qui est consolation : « Vous tous qui la pleuriez !… Vous serez nourris de son lait, rassasiés de ses consolations ; alors, vous goûterez avec délices à l’abondance de sa gloire. Car le Seigneur le déclare : Voici que je dirige vers elle la paix comme un fleuve Vous serez nourris, portés sur la hanche ; vous serez choyés sur ses genoux…. Comme un enfant que sa mère console, ainsi, je vous consolerai. Oui, dans Jérusalem, vous serez consolés… Vous verrez, votre cœur sera dans l’allégresse ; et vos os revivront comme l’herbe reverdit. «  Il y a là une bienveillance constante de Dieu, cette disposition du cœur de Dieu qui fait qu’il pose toujours sur l’autre un regard de bonté, qui se traduit en des actions visant le bonheur de l’autre, quel que soit son comportement. PSAUME (Ps 65 (66) « Il changea la mer en terre ferme : ils passèrent le fleuve à pied sec…. Venez, écoutez, je vous dirai ce que Dieu a fait pour mon âme ; Béni soit Dieu qui ni détourné de moi son amour ! » Cette bienveillance consolante est en soi à l’opposé de l’eros qui voit l’autre comme un objet capable d’apporter une satisfaction personnelle. Ce n’est pas un sentiment, c’est une disposition. Il veut le bien. C’est l’eudokia, « « le dessein bienveillant » de Dieu (Ep 1,9)

Donc, « Soyez miséricordieux comme le Père est miséricordieux… » « Aimez vos ennemis, priez pour ceux quii vous persécutent. » C‘est une grâce de Dieu, certainement.

ÉVANGILE (Lc 10, 1-12.17-20)

Jésus veut que cette eudokia se diffuse par des serviteurs envoyés par lui, le Fils de Dieu. « Le Seigneur en désigna encore 72, et il les envoya deux par deux, en avant de lui. » Ils sont appelés à reconnaître l’eudokia qui les précède. En effet, « la moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. » Prier, envoyer, récolter la grâce de Dieu, plus abondante qu’on ne voit. Reconnaître et recueillir l’eudokia déjà diffusée. « Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. » Aujourd’hui encore, les bienveillants sont envoyés comme au milieu des loups. Et vous direz : « ‘Paix à cette maison.’ Votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous. … mangeant et buvant ce que l’on vous sert ; mangez ce qui vous est présenté. » Savoir accueillir le don de Dieu tel qu’il est Mais encore : « Guérissez les malades qui s’y trouvent. » Faites du bien. « Et dites-leur : ‘Le règne de Dieu s’est approché de vous.’ » L’eudokia vous rejoint tous toujours davantage grâce à l’Eglise. En plus : « où vous ne serez pas accueillis, dites : Toutefois, sachez-le : le règne de Dieu s’est approché.’ » Evidemment, à force de vivre dans la bienveillance de Dieu, « les 72 disciples revinrent tout joyeux, en disant : « Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom. » Jésus leur dit : « Je regardais Satan tomber du ciel comme l’éclair… absolument rien ne pourra vous nuire. »

La bienveillance consolante n’est pas naïveté. L’ennemi est concret : les démons, satan… On reste lucide. Tout le réalisme chrétien se situe dans le souci du bien de l’autre. Il me donne ainsi d’être à même d’estimer moralement ses actes, tout en reconnaissant que je n’ai pas accès au mystère de l’autre, à ce qui le pousse à agir de telle ou telle façon.

« Toutefois, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. » J’ose la bienveillance envers les autres, car je fais l’expérience de la bienveillance du Seigneur envers moi.

DEUXIÈME LECTURE (Ga 6, 14-18) « Frères, pour moi, que la croix de notre Seigneur Jésus Christ reste ma seule fierté. » Paul, après tant d’années d’expérience missionnaire, s’est fixé à la croix du Christ. Elle est le signe de la bienveillance inconditionnelle du Seigneur pour moi au cœur de la détresse et même de la trahison. C’est la bienveillance inconditionnelle de Dieu, qui est avec nous, qui devient résurrection. Donc, « ce qui compte, c’est d’être une création nouvelle. » « Ainsi, paix et miséricorde… Dès lors, que personne ne vienne me tourmenter… Frères, que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ soit avec votre esprit. Amen. » Il s’agit d’une bénédiction (dire du bien) et d’une bienveillance (vouloir le bien) est inconditionnelles qui permettent de débloquer bien des situations. Nous le savons : tous, nous avons besoin de bienveillance pour vivre. Personne ne bouge, ne grandit, ni ne se responsabilise, tant qu’on le soupçonne systématiquement du pire et qu’on ne s’attend rien de bon de sa part.

Dans l’esprit et l’expérience de Saint Paul, le Curé d’Ars affirmait : Jamais je n’ai été si heureux que dans les moments où j’ai été persécuté, calomnié. Dieu m’inondait alors de consolation ; Dieu m’accordait tout ce que je lui demandais… (Curé d’Ars) L’expérience de la Parole consolatrice de Dieu nous porte à la bienveillance Le moyen le plus sûr d’allumer ce feu (l’amour de Notre-Seigneur) dans le cœur des fidèles, c’est de leur expliquer l’Evangile, ce livre de l’amour où Notre Sauveur se montre à chaque ligne dans l’amabilité de sa douceur… toujours le consolateur et l’ami de l’homme, ne lui parlant que d’amour et l’engageant à se donner tout entier à Lui, et ne lui répondant que par l’amour. (Curé d’Ars) Saint Jean-Marie Vianney dit apprécier la collaboration des personnes bienveillantes : S’il n’y avait pas quelques belles âmes pour reposer le cœur et consoler les yeux de tant de mal qu’on voit et qu’on entend, on ne pourrait pas se souffrir en cette vie… La bienveillance n’est pas une vertu managériale pour la cohérence du groupe et la productivité. Elle est gratuite et accepte de se heurter à l’incompréhension. On peut être pris pour un naïf. Du coup, cloué à la croix de la bienveillance, Mr Vianney se laissera dépasser par elle. Selon les témoins, Il ne voulait pas le (son portrait) bénir ; il ne voulait pas y apposer sa signature. A la fin, il céda aux importunités des pèlerins, et il ne leur refusa plus cette consolation. Nous aussi avons cette mission de consolation vers tous. Et de nos jours particulièrement, n’omettons pas de consoler dans la bienveillance de Dieu nos frères dans la foi : “ Appliquons-nous, comme saint Paul, à consoler l’Église. ” (Curé d’Ars)

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