Homélie du Cardinal Tagle 4 août 2019

Ars, homélie, 4 août 2019

+ Luis-Antonio G. Cardinal Tagle

Ezechiel 3, 16-21 ; Matthieu 9, 35-10,1

Mes bien chers frères et soeurs en Jésus-Christ, nous rendons grâce à Dieu de nous réunir comme une famille dans la foi. Ce dimanche, nous rendons aussi grâce pour le cadeau qu’est saint Jean-Marie Vianney pour l’Eglise et en particulier pour les curés de paroisses. Je vous apporte des salutations de paix et de joie des Philippines et des prêtres, des religieux et religieuses et de tous les fidèles de l’archidiocèse de Manille.

Je peux imaginer Saint Jean-Marie Vianney nous dire : « ne vous focalisez pas sur moi ». Je crois que ce prêtre humble et dévoué qui a désiré amener tant d’âmes à Dieu veut que nous nous tournions vers Jésus. Jésus est le vrai berger. Sans Jésus, il n’y aurait pas de Saint Jean-Marie Vianney.

Dans l’évangile de Saint Matthieu, proclamé au cours de l’eucharistie d’aujourd’hui, nous voyons Jésus traverser les villes et les villages, non pas par curiosité touristique mais pour enseigner dans les synagogues, pour annoncer la Bonne Nouvelle de la loi de Dieu et pour guérir les malades. Le ministère de Jésus est, en général, dépeint dans les évangiles comme un enseignement qui engage, qui guérit et qui rejoint les gens. Ce sont les éléments de la conduite de Jésus ou du ministère pastoral. Mais l’évangile d’aujourd’hui nous emmène plus profondément que l’activité de Jésus. Quel est la source de l’infatigable travail du Christ pour les gens ? Cela vient de son cœur qui a été touché de compassion pour les foules qui étaient harcelées et fatiguées comme des brebis sans berger. Nous apprenons de Jésus que plus encore que le travail accompli, c’est le cœur qui fait de quelqu’un un vrai berger. Un cœur de berger voit la misère, la perte de direction, et la faim des brebis. Le cœur d’un faux berger ne voit pas les besoins réels des brebis. Un cœur de berger est soucieux du bien des brebis et n’hésitera pas à transmettre la parole salvatrice de Dieu, comme la mission du prophète Ezekiel. Le cœur d’un faux berger ne prend pas soin de la brebis qui se perd. Nous apprenons de Jésus qu’être pastoral commence avec un cœur qui voit, qui sent, et qui agit pour le bien des brebis de Dieu.

Jésus, le berger, appelle ses disciples, tout particulièrement les douze, à le rejoindre dans sa mission. C’est intéressant de voir ce qu’il attend d’eux.

Premièrement, il leur dit de prier : « Demandez au maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson » Jésus veut que les pasteurs prient le vrai propriétaire et maître de la moisson. C’est Dieu qui prendra soin de Ses brebis en envoyant des ouvriers à la moisson. La prière rappelle aux pasteurs que Dieu est le vrai propriétaire des brebis et que Dieu choisir a qui il leur envoie. sans la prière, les pasteurs pourraient prétendre être les propriétaires des brebis plutôt que d’être d’humble surveillant ou gardiens. Sans la prière, les pasteurs pourraient imposer leurs propres paroles et programmes aux brebis plutôt que de réaliser la parole et le plan de Dieu. Sans la prière, les pasteur pourraient perdre le sens des responsabilités devant Dieu et devant les brebis. Saint Jean-Marie Vianney est devenu un pasteur modèle parce qu’il priait constamment.

Deuxièmement, Jésus partage son autorité avec les disciples : l’autorité de chasser les esprits mauvais et de guérir les maladies. L’autorité des pasteurs est une autorité sacrée, pas un pouvoir de ce monde provenant d’une source de ce monde. Les pasteurs ne

doivent pas oublier qu’ils sont simplement gardiens d’une autorité que Jésus a partagé dans la confiance avec eux. Si les pasteurs oublient cela, ils pourraient utiliser l’autorité de Jésus d’une mauvaise manière : dominer plutôt que servir, détruire plutôt que sauver, blesser plutôt que guérir, construire leurs propres royaumes plutôt qu’ annoncer le royaume de Dieu. Saint jean-Marie Vianney est devenu un pasteur modèle parce qu’il a permis au pouvoir de Jésus de toucher et de purifier les âmes non pas pour sa propre gloire, mais celle de Dieu et le salut des hommes.

Troisièmement, Jésus envoie ses disciples parmi les loups. Il rappelle aux pasteurs qu’ils doivent rester membres à part entière des brebis du Berger. Quand les pasteurs oublient qu’ils font toujours partie des brebis qui doivent écouter la voix de Jésus le Berger, ils deviennent des loups et se sentent supérieurs aux laïcs. Les agneaux auront toujours besoin d’un berger. Les loups n’ont pas besoin d’un berger. Les agneaux marchent et mangent avec d’autres agneaux. Les loups ont juste besoin de victimes à dévorer et à détruire. Saint Jean-Marie Vianney est devenu un pasteur modèle parce qu’il est resté une humble brebis devant Jésus qu’il adorait dans l’Eucharistie et qu’il a suivi fidèlement.

Prions pour notre Saint Père le Pape François, pour nos évêques et nos ministres ordonnés, tout particulièrement pour les curés de paroisses. N’oublions pas que même les non-ordonnés sont appelés à être des bergers pour les hommes que Dieu leur donne : des couples mariés l’un pour l’autre, les parents pour leurs enfants, les éducateurs pour les étudiants, les réseaux sociaux pour les jeunes, les politiciens pour la communauté, les hommes d’affaires pour la terre. Mais tout commence avec un cœur renouvelé et purifié, un cœur qui prend vraiment soin, un cœur qui est ouvert à Jésus le vrai berger. Nous pouvons exercer notre responsabilité envers chacun, non pas seulement dans des programmes, mais aussi dans les rencontres ordinaires non formelles. Laissez-moi vous raconter une histoire.

J’ai reçu une lettre d’une religieuse de Pologne que je ne connaissais pas. Dans sa lettre, elle me parlait d’une rencontre avec moi dont je ne me souvenais pas. Elle disait qu’elle avait assisté à une conférence que j’avais donné à Gniezno en Pologne. Elle est venue car elle avait entendu parler de moi et qu’elle était curieuse. Après mon discours, elle a voulu m’approcher mais il y avait trop de monde autour de moi. Elle m’a appelé par mon nom. Je me suis tourné et je lui ai demandé : « Vous êtes religieuse ? ». Elle a répondu « Nom », et d’après elle, j’ai répliquer « Pas encore ! ». Ma plaisanterie a touché son cœur. Elle a commencé une période de discernement. Dans sa lettre elle m’informait qu’elle était entrée dans un ordre religieux contemplatif et qu’elle allait faire ses premiers voeux. Même une plaisanterie sincère, un sourire sincère, un regard attentionné peut mener une brebis à Jésus, le vrai berger.

HCLE8395