Messe du 12 février 2017 - Fête de l’Arrivée du saint Curé

Les lectures de ce jour nous font réfléchir sur la liberté de l’homme, liberté donnée par Dieu.

L’homme a le choix entre le bien et le mal, l’eau et le feu, la vie et la mort. Puisqu’il a le choix entre le bien et le mal, cela signifie que le mal est étranger à l’homme, qu’il n’est pas dans sa nature. L’homme doit exercer sa liberté pour choisir la sagesse afin d’aller toujours plus loin dans l’amour à la suite du Christ.

L’homme est libre

L’homme est libre ! Cela peut nous sembler paradoxal. Dieu est tout puissant et l’homme est libre, est-ce conciliable ? Comment la toute puissance de Dieu peut-elle permettre la liberté de l’homme ? Au XVIIIe siècle, Montesquieu a élaboré la théorie de la séparation des pouvoirs judiciaire, exécutif et législatif afin d’assurer le respect des libertés publiques. Notons qu’aujourd’hui, il faudrait ajouter un quatrième pouvoir, le pouvoir médiatique ! ! Mais ce qui est nécessaire pour les hommes ne l’est pas pour Dieu car la toute puissance de Dieu ne s’exerce pas par un ou des pouvoirs, la puissance de Dieu, sans limite, c’est la puissance de l’amour ! Elle ne fait courir aucun risque aux hommes.

Libre pour choisir

l’homme est invité à suivre la sagesse de Dieu et non celle des hommes. Il doit faire le choix de Dieu pour choisir le bien, parce que, nous dit le psalmiste, choisir le bien, c’est choisir le bonheur. L’humanité ne trouve son bonheur que dans la confiance en Dieu et l’obéissance à ses commandements. Nous retrouvons dans le psaume, dans la lettre aux Corinthiens, le thème des deux voies qui s’offrent à la liberté de l’homme. Les commandements sont vécus comme des conseils : « Heureux les hommes intègres dans leurs voies qui marchent suivant la loi du Seigneur » . Le Saint Curé d’Ars nous dit que les commandements nous donnent une direction à suivre comme le nom d’une rue nous trace un chemin à suivre. Dimanche dernier, la lettre de Paul opposait déjà sagesse humaine et sagesse de Dieu ; Paul insistait pour nous faire comprendre que le mystère du Christ n’a rien à voir avec nos raisonnements humains. Nous pouvons nous demander pour quelle raison Paul insiste sur le thème de la Sagesse, et bien c’est relativement facile à comprendre puisqu’il s’adresse à des lecteurs, à des gens qui sont pétris de philosophie grecque. Pour ces Grecs, la sagesse est la vertu la plus précieuse que Paul vient interroger en parlant de la sagesse de Dieu.

Libre et sage pour aller toujours plus loin dans l’amour à la suite du Christ

Dans l’évangile de ce jour, le Seigneur nous dit :« Je ne suis pas venu abolir mais accomplir ». Accomplir est l’un des maîtres mots que nous lisons dans l’évangile de Matthieu.. Il vise ce grand projet que Paul appelle « le dessein bienveillant de Dieu ». Le chrétien est tendu vers l’avenir et il est vrai que depuis 2000 ans le royaume avance lentement dans la découverte de Dieu, dans la relation aux autres hommes. Les idéaux de justice, de liberté, de fraternité remplacent peu à peu la loi du plus fort et l’instinct de vengeance. Il s’agit d’un long travail de conversion qui a commencé avec la loi mosaïque : ne pas tuer, ne pas voler… Au fur et à mesure que les exigences morales ont progressé, l’enseignement de l’Eglise a été affiné. Aujourd’hui sont abordés des sujets qui n’étaient pas d’actualité jadis, par exemple la question de la doctrine sociale ( encyclique Rerum novarum, fin du XIXe siècle), le sujet de la protection de la maison commune (encyclique Laudato Si), la question de la protection de la vie qui a fait l’objet de nombreuses déclarations des papes qui se sont succédés jusqu’au Pape François lui-même. Jésus à la suite de Moïse s’inscrit dans cette progression. Il affine les acquis, il en appelle à la liberté de l’homme qu’il invite à choisir la sagesse, la vraie sagesse. Il nous dit :« on vous a dit….moi, je vous dis… Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir ».

La vraie sagesse consiste à aller plus loin dans l’amour, mais l’humanité a bien du mal à prendre ce chemin là ! Le saint curé d’Ars nous invite sur ce chemin et il nous propose de le suivre. Sa sainteté, a-t-on écrit, est une sainteté de combat ! « Ce sont nos combats qui nous obtiendront le ciel », disait-il. Le Pape François nous a dit que l’Eglise était un hôpital de campagne. Il a voulu nous inviter à se pencher sur nos frères blessés parce qu’ils manquent de la vraie liberté, celle que donne à l’homme la sagesse divine. Saint Jean-Marie Vianney, comme le Pape François, nous invitent à aller sur le terrain de la mission là où sont les blesses de la vie, sur les lieux où se livrent les combats de la vérité, les lieux où se construit le royaume. Le saint curé disait aussi :« tous les soldats sont bons en garnison, c’est sur le champ de bataille que l’on fait la différence entre les courageux et les autres ». Cette affirmation est vraie pour nous disciples du Christ, disciples-missionnaires. Nous nous retrouvons facilement pour des conférences, pour chanter l’office en chœur et c’est bon, c’est même indispensable, mais le Seigneur nous fixe d’autres rendez-vous dans ce monde qui nous entoure et qui est plus enclin à choisir la sagesse des hommes plutôt que la sagesse de Dieu, les logiques et les lois de mort plutôt que le combat pour la vie. Allons vers les « champs de bataille » qui sont à notre portée dans le monde des média, dans les aréopages où le Christ est méconnu. Annonçons l’évangile de la vie ! La vie du saint curé d’Ars est une leçon de courage d’un homme libre par son baptême. Il eut le courage de prier avec les prêtres réfractaires pendant la Révolution française, durant son enfance. Son courage fut aussi éprouvé au séminaire, dans sa vie de prêtre où il eut à subir la jalousie, les calomnies, les dénonciations. La force du saint curé qui doit être la nôtre aujourd’hui, c’est de n’avoir jamais douté de l’appel de Dieu. Il disait « le temps me dure avec les pécheurs, quand serai-je avec les saints ? ». Mais il est est précisément parce qu’il est resté avec les pécheurs comme son divin maître, le Seigneur Jésus.

Dans notre prière demandons la sagesse pour un bon exercice de la liberté qui nous est donnée par Dieu afin d’accomplir notre mission de Baptisé en allant toujours plus loin dans l’amour ! Pour cela, le saint curé nous donne un dernier conseil : "N’arrivons pas à la porte l’éternité les mains vides. Nous répondrons du temps perdu, de chaque minute, de nos biens, de notre santé, des grâces dont nous aurons abusé, du bien que nous aurions pu faire et que nous n’avons pas fait.

Soyons, chers frères et sœurs les disciples missionnaires pour aujourd’hui et demain !

Mgr Georges Colomb, évêque de La Rochelle