Père Lacordaire o.p.

Grands témoins d’Ars contemporains ou amis du Saint Curé : Père Lacordaire

Père LacordairePère Lacordaire [1802-1861]

Prédicateur

Extrèmes différences

« Aujourd’hui les deux extrêmes se sont rencontrés ; l’extrême science et l’extrême ignorance » c’est ainsi que le Curé d’Ars conclut la visite que fit le Père Lacordaire à Ars, le grand prédicateur de Notre-Dame de Paris.

Jean-Baptiste Henri Lacordaire, en religion Père Henri-Dominique, est né le 12 mai 1802 à Recey-sur-Ource (21). S’étant éloigné de la foi durant sa vie d’étudiant, il se destinait à une carrière d’avocat et se signala vite par ses qualités d’orateur. Il se convertit en 1824 et décida d’entrer au séminaire. Prédicateur hors pair, journaliste et homme politique, il marqua le catholicisme français du XIX°. Retiré à Rome pour étudier, il entra chez les dominicains, et revint en France rétablir l’Ordre en 1841.

Le 3 mai 1845, le P. Lacordaire vient donc en visite à Ars. Cela faisait longtemps qu’il désirait rencontrer celui dont beaucoup parlaient à Paris. Il avait plusieurs fois tenté de venir dans ce village de la Dombes, mais les événements l’en avaient jusqu’alors empêché. Il arriva le samedi soir et, son arrivée ayant été annoncée par des indiscrétions, il fut attendu et logea au château, chez la famille des Garets.

"Vous m’avez appris à connaître le Saint-Esprit"

Le lendemain dimanche, dès 5 heures, Lacordaire est à l’église. La foule est là, et le Saint Curé confesse déjà depuis de longues heures. Il sort alors de son confessionnal et accueille le dominicain en l’invitant à célébrer. Le Père Lacordaire assiste ensuite, depuis la tribune, à la Messe de M. Vianney et à son homélie. Ce jour-là, l’Évangile est “Jean 15, 26” : « je vous enverrai l’Esprit de vérité… » ; le Curé d’Ars prêche sur l’Esprit Saint, en précisant : « Le Saint-Esprit est le jardinier de nos âmes ». Impressionné par la petitesse et la pauvreté du village et par la sainteté de son pasteur, le Père Lacordaire se pressa de retrouver M. le Curé et lui glissa : « Vous m’avez appris à connaître le Saint-Esprit ! ».

Dans l’après-midi, le Père Lacordaire revint pour les Vêpres et le Saint Curé le pria de les présider et de prêcher, ce qu’il fit sans vraie éloquence ; M. Vianney écoutait ravi, installé dans la petite stalle à l’entrée de la sacristie. Après l’office, ils partirent tous les deux vers le château ; ces deux prêtres, peut-être les plus connus de l’époque, différents à l’extrême, marchant vers le château dans un long colloque…

Bénédiction

Monnin rapporte la scène : « Arrivés au château […], M. Vianney demanda la bénédiction du Père Lacordaire et se disposa à se mettre à genoux ».
Le Père Lacordaire en fit autant « et parut inébranlable dans sa résolution inspirée par l’humilité et la différence d’âge ». Le Curé d’Ars dû se rendre à ses instances et bénit le célèbre religieux. S’étant relevés, ils s’embrassèrent alors avec effusion ; puis M. Vianney retourna à l’église.

Le Père Lacordaire mourut en 1861, et il reparla souvent de cette entrevue avec M. Vianney : « Moi j’attire les gens sur les confessionnaux (une fois les gens étaient montés sur un confessionnal pour l’écouter), lui il les attire dedans » aurait-il un jour remarqué.

Extrait des Annales d’Ars n° 320 [mai-juin 2009].