200 ans de la Chapelle de la Vierge à Ars

Il y a 200 ans, tout commence, pourtant : Ars faillit bien ne jamais être Ars !

1/ La terre et le Ciel s’allient contre une nomination de bon sens et obtiennent le model des Curés de l’Univers !

Début 1820, l’abbé Vianney, chapelain d’Ars, arrivé le 13 févier 1818, recevait de l’Archevêché de Lyon - dont il dépendait encore - une lettre qui lui apprenait sa nomination comme Curé de Salles, en Beaujolais, dans le doyenné de Villefranche-sur-Saône.

A cette nouvelle, l’émoi fut grand dans la portion croyante et pratiquante. Les mères de famille, elles, n’avaient que trop bien pressenti l’événement : «Que nous serions heureuses, disaient-elles, si nos enfants faisaient leur première communion sous la direction de ce prêtre ! C’est un saint… Mais voilà ! On ne le laissera pas chez nous…" (Catherine LASSAGNE, Procès apostolique ne pereant, p. 404.)

De leur coté, les habitants d’Ars avaient adressé au roi Louis XVIII une supplique où ils exprimaient leurs légitimes doléances : éloignement excessif de Misérieux, leur centre paroissial ; impossibilité pour les enfants d’y suivre les catéchismes en hiver, par suite des crues du ruisseau et du mauvais état des chemins; crainte surtout de voir, par manque de prêtre, disparaître la chapellenie si elle n’était pas transformée en paroisse indépendante… Et ces braves gens rappelaient (séances de la Municipalité du 5 novembre 1808, et du 18 juin 1809, Archives de la mairie d’Ars) : Les habitants, conservant la foi, des mœurs et du zèle pour la religion, ont voulu avoir un prêtre à leurs frais. Ce prêtre, homme d’une haute vertu, fait un bien infini dans sa paroisse et dans les environs. Malheureusement, ce bien peut être détruit en un instant par le retrait du pasteur.» (Supplique 22 février 1821, Archives de la mairie d’Ars)

M. Vianney aimait son humble village d’Ars. Docile à l’ordre de ses supérieurs, il ne présenta aucune réclamation et se disposa à partir. Il écrit à son aîné François : « Ars, 8 avril 1820. Mon cher frère, je quitte la Bresse pour le Beaujolais. C’est la semaine prochaine que ce départ doit avoir lieu. On m’envoie dans une cure pas loin de Villefranche. J’espère aller te voir bientôt. »

Mais, Dieu lui-même, semble-t-il, manifesta sa volonté : à la date fixée pour son départ, le « curé nommé » de Salles s’était présenté avec son déménagement sur la rive de la Saône, qu’il fallait traverser afin de quitter le département de l’Ain pour celui du Rhône. Or il avait trouvé la rivière tellement débordée, agitée par un vent si violent, que le batelier ne put ce jour-là faire passer les voyageurs. - Le beau pont de Jassans n’existait pas encore -. Après deux vaines tentatives, le mobilier et la bibliothèque avaient dû réintégrer le presbytère d’Ars. Témoignent l’Abbé TOCCANIER et Frère Athanase (Procès apostolique in genere, p. 150 et 203)

Mlle d’Ars écrivit d’ailleurs à M. Courbon. L’Abbé Monnin parle d’«une vertueuse colère" de la comtesse douairière des Garets (Le Curé d’Ars, t. I, p. 257) qui après François Cinier sous la Révolution, était devenue propriétaire du presbytère, du jardin et du verger dans l’espoir de le rendre un jour à sa première destination. « Je fais l’impossible, lui répondit-il, pour amener M. Vianney à changer de régime. Je n’obtiens rien. Ses amis ne sont pas plus heureux que moi. Il écoute et fait à sa tête. Laissez-le venir à Salles. Je désire qu’il y soit mieux portant. Je n’ose pas l’espérer ». (Lettre du 17 avril 1820).

Mais au su de M. Vianney, qui se laissa émouvoir par les «regrets profonds» de plusieurs, une députation fut envoyée à Lyon, maire en en tête (J.-B. MANDY, Procès apostolique in genere, p. 242). «Ars demandait son curé». «Puisqu’il en est ainsi, répondit M. Courbon, vicaire générale il peut rester tant qu’il voudra». Et il remit à l’ambassade ravie un pli officiel qui annulait la nomination à la cure de Salles. Le vicomte, alors à Paris, appuya la supplique de ses compatriotes. Et, bien que le village ne contînt pas les 500 âmes exigées par le décret du 25 août 1819 pour l’érection de nouvelles paroisses, Ars, par ordonnance royale du 20 juin 1821, devient donc la patrie du saint Curé model et intercesseur de tous les prêtres ayant charges d’âmes. (Archives Nationales, F 19 662 n. 407 « Je ne suis pas fâché d’être prêtre pour dire la Sainte Messe, mais je ne voudrais pas être curé : j’en suis fâché. » Le nouveau Curé a senti avec une telle acuité sa responsabilité pastorale, qu’il a essayé de partir plusieurs fois de sa paroisse. Il aurait voulu mourir dans une Trappe quelconque. « Vous ne savez pas ce que c’est, que de passer d’une cure au tribunal de Dieu», dira t’il plus tard trop conscient de sa responsabilité devant Dieu du salut des âmes qui lui sont confiées ! (JEAN-MARIE VIANNEY, CURÉ D’ARS « PENSÉES » Présentés par Bernard NODET) C’est ainsi que Misérieux fut dépouillé de son plus beau fleuron et M. le vicaire général, n’avait pu prévoir non plus que Ars et son département, serait enlevée bientôt à l’Archidiocèse de Lyon. C’est pour cela que plus tard le diocèse de Belley, ville inconnu au monde, deviendra le diocèse de Belley-Ars.

2/ Comme il y a 200 ans : reconstruisons notre Église. En la confiant à Marie Immaculée !

Ces deux événements, inaperçus dans l’histoire du monde mais gros de conséquences pour l’humble village d’Ars, survinrent dans les temps où M. Vianney s’occupait d’embellir son église. Comme Saint François d’Assise, il ne savait pas que, bien plus qu’un bâtiment sacré, c’était l’Église universelle qu’il reconstruisait en cette période troublée ! "Au point de vue strictement matériel, saint Jean-Marie fit preuve d’une activité vraiment étonnante pour le curé d’une paroisse de 230 habitants. Suivons simplement, année par année, les travaux qu’il entreprit :

1818 (Année de son arrivée) restauration de la Croix de Montatray. 1819 Achat d’un confessionnal. Achat d’une cloche brisée pendant la Révolution. 1820 Reconstruction du clocher. Restauration de la Chapelle de la Sainte Vierge. 1821 Don du presbytère, par le Vicomte d’Ars. 1822 Restauration du plafond de l’Église. 1823 Construction de la chapelle de Saint-Jean-Baptiste. 1824 Achat de la maison Givre, pour en faire l’école de filles. 1825 Ouverture de l’école. 1826 Agrandissement de la « Providence ». Nouvelle façade de l’église. 1827 (Commencement des foules.) La « Providence » devient un orphelinat. 1828 Construction du perron de l’église. 1833 Achat d’un deuxième confessionnal. Construction de la chapelle Ecce Homo. 1834 Achat de la statue de la Vierge dorée. 1835 Choix et formation de Jean Pertinand, comme maître d’école. 1837 Construction de l’école des garçons. Construction de la chapelle de Sainte-Philomène. 1844 Achat de la statue de la Sainte Vierge, placée sur le fronton de l’église. 1845 Donation de la « Providence » à la Congrégation des sœurs de Saint-Joseph. Bénédiction de la Croix du Tonneau. 1848 Bénédiction de la chapelle de la « Providence ». 1849 Arrivée des Frères de la Sainte-Famille. 1852 Ouverture du pensionnat des garçons. 1853 Restauration de la Croix des Combes. 1854 Restauration de l’horloge. Construction d’une nouvelle sacristie. Achat d’un confessionnal ; achat de l’autel de la chapelle de l’Ecce Homo. 1855 Construction de la chapelle des Frères (aux frais du Curé). Achat de deux statues (saint Sixte et saint Blaise). Inauguration du nouveau cimetière. 1858 Chemin de la Croix. Achat d’un autel en marbre de Sainte-Philomène (qui devint le Maître-Autel actuel de la Basilique).

(JEAN-MARIE VIANNEY, CURÉ D’ARS « PENSÉES » Présentés par Bernard NODET)

En 1820, la construction d’un clocher, si modeste dût-il être, s’imposait. Le campanile de bois, secoué par une cloche trop pesante bénie en 1819, menaçait tout à fait ruine ; bien qu’on ne sonnât plus à la volée, les gens tremblaient de le voir s’écrouler parmi les tombes du cimetière. « Quand on sonnait, se souvient en terme savoureux Catherine Lassagne, il semblait que sonner avec la cloche. » (Catherine Lassagne, P.M.3. La confidente, p 78). Au mois d’août, sur les instances du curé, le maire fit commencer les travaux. M. Vianney vit avec satisfaction s’élever dans le ciel d’Ars un solide clocher de briques, carré et trapu, percé de fenêtres géminées où s’encadraient de gracieuses colonnettes romanes venant précisément du cloître de Salles ! Il était à peine achevé qu’une seconde cloche, achetée par M. Vianney en personne et qui fut appelée cloche du Saint-Rosaire, y sonnait joyeusement (“Voix de mon bien bien-aimé qui frappe !” Ct 2,8).

Or, pendant que les échafaudages montaient dans les airs, on travaillait ferme à l’intérieur de l’église. Près de la table de communion, qui à cette époque enclavait l’entrée même de la sacristie et la partie de l’église située sous le clocher, la Sainte Vierge avait bien sa statue et son autel, mais le bois en était vermoulu et le trop pauvre monument faisait triste mine, adossé au mur, avec ses quatre chandeliers tout dédorés (Catherine LASSAGNE, Petit mémoire, troisième rédaction, p.10). Le Curé d’Ars voulut honorer Marie selon son cœur. Il conçut le projet d’ouvrir une première chapelle latérale, qu’il lui dédierait.

Les travaux furent menés rondement : commencés en janvier 1820, ils étaient achevés pour le 6 août, fête patronale. La chapelle nouvelle, avec sa statue polychromée, avec son plafond plat ses moulures, ses dorures, œuvres d’un plâtrier et d’un peintre de Villefranche, était dans le goût de l’époque. M. Vianney s’attachera particulièrement à ce coin calme et demi-voilé de son église; chaque samedi, pendant quarante années, il y célébrera la messe (Mgr F. Trochu, p. 202). “La statue dorée qu’on y voit encore sera achetée en 1834 après les apparitions de Notre-Dame à sainte Catherine Labouré. Le Curé d’Ars en a entendu parler et y fera allusion dans ses catéchismes. En 1823, Mr Vianney organise un pèlerinage paroissial d’action de grâces à Notre-Dame de Fourvière. Le 1er mai 1836 a lieu la consécration de la paroisse à l’Immaculée-Conception (18 ans avant la proclamation du dogme !) Les noms de ses paroissiens sont placés dans un cœur de vermeil suspendu au cou de la Vierge Marie. En 1844, il installe une statue de Marie au-dessus de la porte principale de l’église car « Marie est la portière du ciel ». Le 8 décembre 1854, il fête avec beaucoup de solennité la proclamation du dogme de l’Immaculée-Conception. « J’ai toujours pensé qu’il manquait un rayon à l’éclat des vérités catholiques. C’est une lacune qui ne pouvait demeurer dans la Religion.»” Père Frédéric Vollaud ancien Chapelain du sanctuaire https://www.notrehistoireavecmarie.com/fr/esc/le-saint-cure-dars-une-vieille-affection-pour-la-vierge-marie/

“Le curé d’Ars a-t-il vu la Très Sainte Vierge ? Le nombre des témoignages selon lesquels il semble bien qu’il ait été en rapport avec des faits extraordinaires, indiquent qu’il y a là sûrement un fond de vérité. Il est certain, en effet, qu’il parle de la Très Sainte Vierge avec une telle confiance, un tel amour, qu’on a l’impression qu’il la connaît et qu’il a fait l’expérience, bien précisée, de sa bonté” (JEAN-MARIE VIANNEY, CURÉ D’ARS « PENSÉES » Présentés par Bernard NODET) « Le cœur de cette bonne mère n’est qu’amour et miséricorde. Et comme elle ne désire que de nous voir heureux, il suffit seulement de se tourner vers elle pour être exaucés. »" MONNIN II 590 - Esprit 88

Alors que dans toute la région Lyonnaise nous allons éclairer nos fenêtres le 8 décembre, comme le Saint Curé originaire de Dardilly, tournons nous vers Marie : Rappel : En 1643, le sud de la France était touché par la peste : les religieux, les marchands et les notables font vœu de rendre hommage chaque année à la Vierge si l’épidémie épargne Lyon. Comme l’épidémie cessa, le peuple tint sa promesse et rendit hommage à la Vierge, chaque année.

« Dans le temps que le choléra faisait ses ravages, il avait fait frapper une médaille : La Sainte Vierge représentée en son Immaculée Conception avec un lys de chaque côté et cette inscription au revers : O ! Marie conçue sans péché, préservez-nous de la peste. » Cath. LASSAGNE P. M. 47

O Vierge Immaculée, qui obtenez de Dieu tout ce que vous voulez… AZUN DE B. « Biographie » 192

« Consacrez-vous à Marie, priez-la bien cette bonne Mère, honorez-la surtout dans son Immaculée Conception ». Pèlerinage d’Ars 1845, 18

Le changement de Curé-Recteur, cette année 2020, comme la crise sanitaire a pu nous faire oublier ce qui s’est passé de déterminant ici, il y a 200 ans.

En ce temps de confinement, je suggère que nous unissions nos prières ferventes pour demander :

  • notre conversion, notre sanctification,
  • le renouveau de notre Église en Europe,
  • et une nouvelle pentecôte à profusion sur le monde. }

Père Emmanuel MAINAUD, Chapelain du Sanctuaire.

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