Texte du P. Luc par la Journée des Consacrés à…

Témoignage de P. Luc ATHIMON, missionnaire OMI, au Nord-Cameroum (1967 à 2003)

Texto du P. Luc par la Journée des Consacrés à 2 février 2020

TEMOIGNAGE de LUC ATHIMON, missionnaire O.M.I. Au Nord-Cameroun (de 1967 à 2003)

1) Quelles étaient vos motivations de départ en Mission ? (qu’est-ce qui vous a poussé) 2) Description rapide de votre lieu d’atterrissage … 3) Grandes lignes de vos engagements (le cadre) 4) Missionnaires venus de l’étranger …

5) A la découverte des gens, au plan humain 6) Débuts, 1°annonce … 7) Évolutions dans mes motivations, manières de faire 8) Rencontre des gens avec la Foi (qu’est-ce qui les intéressait ?) Où les Chrétiens trouvaient-ls leur dynamisme ? Joies des missionnaires ! 9) Qu’est-ce qu’ils m’ont appris 10) Une expérience pastorale originale : la COMIPAR 11) Commentaire sur le livre : « NORD-CAMEROUN. Une EGLISE EN CONSTRUCTION »

12) VISAGE « ATTRAYANT » DE L’EGLISE

13) Mon retour définitif en France Mes impressions sur la France Comment ai-je réinvesti le positif de mon expérience « Africaine » ?


1) Quelles étaient mes motivations de départ en Mission ? (qu’est-ce qui m’a poussé ?) Double pauvreté des gens : matérielle et spirituelle (ils ne savent pas que Dieu les aime en priorité)

2) Description rapide de mon lieu d’atterrissage … (voir cartes) Superficie du Cameroun? environ la même que la France, (mais en forme de triangle) Population ? En 1967 , environ 11 ou 12 millions (aujourd’hui le double) En 2019, 22 Millions Indépendance en 1960 avec Amadou Ahidjo, ensuite en 1982 Paul Biya. Et encore maintenant, en 2019, Paul Biya ! 2 zones très différentes : Zone tropicale au Nord avec 2 saisons (longue saison sèche et courte saison des pluies), zone équatoriale au Sud avec 4 saisons 2 zones avec productions agricoles très différentes. Nombreuses ethnies et langues. Religions ? religion traditionnelle, musulmans, chrétiens. (dans diocèse Maroua-Mokolo 9,60 % de chrétiens ; 25,52% de musulmans ; 66,79% de religion traditionnelle) Grand contraste entre Nord Et Sud : Zone équatoriale au Sud et zone de savane au Nord – culture bantoue au Sud et culture Soudanaise au Nord - Sud beaucoup plus touché par la colonisation et l’évangélisation … Dans le Nord-Cameroun, tensions : entre gens du Nord et gens du Sud – entre musulmans et gens de religion traditionnelle puis avec les chrétiens (surtout de 1960 à 1982, sous la présidence du musulman Amadou Ahidjo) – entre éleveurs et agriculteurs – entre cultures vivrières et culture du coton …

3) Grandes lignes de mes engagements (le cadre) Arrivé dans le Diocèse de Maroua-Mokolo en 1967. Evêque très dynamique et très proche de tous. J’ai commencé par 4 ans dans la ville de MAROUA (120.000 hab.) – puis détaché pour les Guizigas (ville et brousse aux grands environs de Maroua) pendant 15 ans environ – curé de Paroisse à MAROUA pendant 6 ans – détaché pour faire partie d’une équipe assurant des « Missions Paroissiales »(pendant 10 ans). Donc il se fait que j’ai pu suivre l’évolution des chrétiens, depuis l’éveil de la Foi, en passant par l’organisation et l’animation d’une Paroisse, pour aboutir à une activité de Réveil des chrétiens. En même temps j’ai soutenu les religieuses et les laïcs expatriés engagés dans la promotion humaine.

4) Missionnaires venus de l’étranger … • Comme nous étions « missionnaires » VENUS DE L’ETRANGER, nous avons « soigné » notre manière d’approcher les gens : apprentissage des langues et coutumes et établissant des vrais liens d’amitié …

• C’est dans ce contexte et sous forme de témoignage que se fit la Première Annonce de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ avec l’appel qu’il nous adresse à croire en lui et à le suivre, en toute liberté.

• Dès le début, nous avons fait appel à des interprètes, des Catéchistes, des responsables locaux et leur avons fait confiance…

2 • Ayant comme perspective de susciter, de mettre en place une Eglise Locale, nous avons entrepris des formations à tous les niveaux, pour arriver, comme Jean Baptiste, à nous effacer, le moment venu…

• Etrangers venant d’un pays riche dans un pays pauvre, nous avons été sensibles à l’aide à apporter aux gens dans une activité de Développement. Et l’encyclique du pape Paul 6 « Populo Progressio » du 26 mars 1967 venait à point, elle qui disait que l’œuvre de Développement faisait partie « intégrante » de l’Evangélisation avec la Bonne Nouvelle de Jésus et l’éveil à la Foi.

• Enfin, comme nous étions conscients de ne pouvoir tout faire et d’être incompétents en bien des domaines, nous avons fait appel à des religieuses et à des laïcs expatriés et établi ensemble des équipes très soudées.


Comme j’ai été engagé directement dans l’Annonce de Jésus Christ et l’Eveil à la Foi, c’est surtout de cela que je parlerai. J’ai choisi de mettre l’accent sur les gens (tels que je les ai découverts) plus que sur mes activités de missionnaire.

5) A la découverte des gens, au plan humain (surtout dans la phase d’approche) : Ce que les gens m’ont apporté :  j’ai appris à connaître leur vie (avec souvent les soucis de la maladie, du manque d’argent, joies, faiblesses) !  et leurs qualités (d’accueil, mais aussi d’endurance, de patience, de solidarité dans le malheur, de sagesse). !  La qualité de leurs relations, leur fraternité pleine de chaleur, leur sens de la communauté !

6) Débuts, 1°annonce … • 1966-67 : 1° engagements concret, (à 30 ans) où je m’approchai des gens, au Nord Cameroun. Prise de contact jusqu’à 1985 J’appris à connaître les personnes auprès desquelles j’étais envoyé, j’appris à connaître leur vie et j’entrepris d’apprendre une première, puis une deuxième langues pour bien communiquer avec elles. LIEN : mon expérience de milieu populaire et des pauvres en France m’aida dans ces rencontres. • En 1971, la responsabilité apostolique des Guizigas me fut confiée D’abord, j‘entrepris alors des visites dans les villages, la rencontre des personnes, qui aboutira à de vraies amitiés. Puis vint le temps de la Première annonce de Jésus Christ ! Au début, je fus aidé par un interprète, car je ne connaissais pas encore la langue, J’étais animé par le désir de poser de bons fondements ! Première annonce sous forme de témoignage de Foi. Nous avons commencé par parler de JESUS CHRIST, avec son appel à croire et à le suivre. Puis ce fut l’apprentissage de la prière et des chants…, l’insistance sur le fait de réaliser une vrai communauté fraternelle, et enfin l’ouverture à la promotion humaine. 3 LIEN : Mon expérience de Foi personnelle, de rencontre avec Jésus Christ m’influença dans la manière de parler de Jésus ! Par la suite, nous entreprendrons la Catéchèse appuyée sur des textes évangéliques J’aurai un autre souci, d’œuvrer aussi à la Promotion humaine des gens, pour une évangélisation “intégrale“. C’est en vue de cet élargissement que je demandai l’aide d’une religieuse et de laïcs. Vivre et agir en équipe fut alors d’un grand bénéfice !

7) Evolutions dans mes motivations, manières de faire : • D’abord je m’approchai des gens : apprenant leur langue, liant amitié … • puis j‘annonçai aux gens que Dieu les aimait, j‘annonçai Jésus Christ, • Puis il s’agissait pour moi-même d’aimer vraiment les gens (écoute, échange, amitié) • Je me préoccupai d’évangélisation ‘‘intégrale“, aussi je mis en place un engagement de la Mission dans la Promotion humaine. • A partir de 92, marqué par mon expérience de ressourcement à AIX, l’accent fut mis sur l’écoute et je m’évertuai à introduire les gens dans une expérience de Foi, source de joie et de vie.

8) Rencontre des gens avec la Foi (qu’est-ce qui les intéressait ?) • J’ai été témoin de la rencontre des gens avec la FOI ! + Comment les gens réagirent-ils au message chrétien ? Aux rencontres hebdomadaires, nous avons pu observer que les jeunes étaient intéressés. Ils vinrent nombreux au début, par curiosité. Mais évidemment par la suite les groupes se réduisirent, et se stabilisèrent. Pour moi, il était insuffisant de‘‘semer“ et même de constater leur présence, mais je voulais entendre de leurs bouches les raisons de leur venue, qu’est-ce qui les intéressait ? Ainsi je fis une petite enquête. Voici leurs réponses : « Nous avons reçu la Bonne Nouvelle de Jésus • comme une libération de la peur (peur des esprits et des interdits, peur des ennemis, de la sorcellerie) ; • comme pacification dans les disputes ; ainsi le pardon a pris la place de l’esprit de vengeance ; l’ouverture aux autres villages a pris la place de la fermeture sur soi et du tribalisme. • Notre foi nouvelle nous entraîne à une compassion plus grande vis-à-vis des pauvres et des faibles et à un engagement à les aider, • sans oublier l’accueil et l’engagement dans le développement. • Surtout, et par-dessus tout, nous avons une grande reconnaissance pour nous avoir FAIT CONNAÎTRE JESUS et sa Bonne Nouvelle, de nous avoir éveillés à la Foi, à un mode de vie nouveau, à la vie de communauté et à l’amour. » Puis nous sommes entrés dans la phase de « croissance », avec des bas et des hauts, des ombres et des lumières…Pour eux, se convertir voulait dire, croire en Jésus, bien sûr, mais aussi changer de comportement (lutter contre la tentation d’abus de boisson, de peur de la sorcellerie, de vie de famille médiocre …)

4 + Où les chrétiens trouvaient-ils leur dynamisme ?

Là encore, une enquête a permis d’avoir des réponses venant des gens eux-mêmes. Accueillons leurs paroles : • « Ce fut la force de la Parole de Dieu (elle nous a éclairés de sa vérité et a transformé nos cœurs) • La vie des Communautés, vivantes et fraternelles, nous a attirés. • La grande place donnée à la Prière et aux Sacrements • Certains frères ou sœurs exemplaires : des témoins, des prophètes, des réveilleurs • Les appels à la vigilance qu’on nous a donnés, pour avancer. » + Avec du recul : Lors de mon voyage au Cameroun à NOËL 2011 (8 ans après mon retour en France), puis dans une relecture de FOI en 2014, j’ai pu prendre du recul sur ce Temps en AFRIQUE. Et les paroles de Jésus, au retour des 72 disciples revenant de mission me sont revenues en mémoire : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez » (Luc 10, 23). Oui « l’humanité » et la FOI que les gens ont manifestées de différentes manières étaient d’une grande densité ! D’ailleurs n’étaient-ce pas sous l’influence de Jésus Vivant Ressuscité ? Sur le moment elles m’ont touché, mais pas avec assez de profondeur. Et je n’ai qu’un seul regret c’est de ne pas avoir su, au moment même, apprécier toute la densité de ces réalités et les vivre avec plus d’intensité. Nota : Leur Foi était souvent faite de confiance en Dieu, de simplicité de cœur, comme on en parle dans les Béatitudes. Et les nouveaux baptisés, chaque année, redonnaient souffle à tout le monde. Joies des missionnaires ! En nous appelant à la vie apostolique, le Seigneur a fait de nous les témoins de choses extraordinaires. Oui, je suis heureux et JE DIS MERCI au Seigneur, aujourd’hui. En effet j’ai eu et j’ai encore la grande chance (la grâce), dans ma vie apostolique, d’être témoin de la Foi des gens, de leur humanité, avec toutes ses variantes, tous ses âges (surtout adultes et personnes âgées) , toutes ses situations . Oui on peut parler de la « Joie de l’Evangile », comme dit le pape François : 1) Ma joie, comme missionnaire, fut de voir des communautés vivantes et joyeuses : Les voyageurs venant en Afrique, s’ils participent à la Messe ou à une Fête chrétienne (par exemple à Noël) sont frappées de la joie, de la vie des célébrations. Nous-mêmes missionnaires, pourtant habitués ne cessons de nous en émerveiller.  Asta Marie, lors d’une réunion, dit un jour : « la communauté c’est ma mère ». En effet sa fillette avait été malade, des chrétiens étaient venus la voir et constatant que ses parents n’avaient pas d’argent pour aller à l’hôpital, ils avaient fait appel à la communauté pour les aider. Asta exprimait donc ici sa reconnaissance ! Ce n’est pas un cas isolé, car les chrétiens vivent vraiment en communauté et en prennent les moyens.

 Ainsi, à la suite de la Messe, régulièrement les gens font une réunion pour reprendre la Parole de Dieu et son actualisation par le prêtre mais aussi pour traiter de la vie de leur communauté : ils parlent des deuils, donnent les nouvelles des malades, des visites à faire, des aides à prévoir … ou des personnes à envoyer chez tel couple qui ne marche pas pour les conseiller …tel travers à redresser dans la vie au village… telle fête à organi

5 organiser en se répartissant les tâches. Vivant ainsi, ils apprennent à mieux se connaître et des amitiés se nouent entre les chrétiens. De telles communautés ont une forte puissance d’attraction et ne cesse de grandir ! Comment ne pas y voir les traces de l’action de l’Esprit et s’en réjouir.

2) Ma joie, comme missionnaire, fut aussi de constater la foi expressive des gens : comme à une veillée pascale à Maroua, vers 1988 «Je me souviens d’une veillée pascale où 80 à 100 personnes adultes et jeunes, hommes et femmes, furent baptisés ensemble. La célébration avait lieu dans une aire sacrée, bien aménagée. Une piscine baptismale avait été creusée et remplie d’eau. Chaque candidat y descendait pour le Baptême, écoutait les paroles prononcées sur lui par le prêtre avec le geste à l’appui, et en sortait, très impressionnés, tandis que la foule chantait, accompagnée par le tam-tam. Puis les nouveaux baptisés partaient dans la nuit, accompagnés par leurs parrains et marraines. Ils allaient changer de vêtement. Ensuite, c’était la procession de tous ces baptisés, hommes et femmes, vêtus de blanc, pour recevoir les rites complémentaires, prendre place au milieu de l’assemblée qui s’exprimait par un chant de joie, d’action de grâce. Grandiose ! Et, tous les ans, la même « expérience sacrée » se répétait ! Toutes les missions ont connu ces moments forts. » Si vous aviez vu les visages des nouveaux baptisés : des visages saisis par le Mystère du sacrement à certains moments et illuminés de joie à d’autres. En donnant la communion également je suis toujours admiratif devant les visages et les attitudes de prière émouvantes. Et encore quelle humilité et confiance quand ils se présentent au sacrement de Réconciliation.

3) Ma joie, comme missionnaire, fut encore, en entendant des confidences, de connaître la force transformatrice de la Foi : • Comment ne pas être admiratifs en voyant des responsables comme Bernard Oumsarale, courageux et rempli de sollicitude pour ses frères, donnant de son temps sans compter. J’ai assisté à la croissance à la fois humaine et comme croyants de ces responsables, hommes ou femmes : ils ont acquis, au cours du temps, une stature humaine et chrétienne reconnue ! Ce sont d’abord eux les vrais « pères fondateurs des missions » • Des chrétiens fonctionnaires montrent l’exemple par leur droiture (telles Nuntiata qui travaille aux Finances. C’elle elle qui a été choisie pour tenir la caisse, on a confiance en son honnêteté. C’est aussi à cause de son dévouement qu’Awa Martine s’est vue confier des responsabilités dans la Santé. • Des chrétiens touchés par les difficultés de la vie ont une conduite exemplaire : tel Sanda Marcel, tailleur sur le marché, il retrouve quelquefois sa femme en pleurs à la maison. En effet ils n’ont pas pu avoir d’enfants et ils en sont profondément affectés comme tout Africain dans cette situation. Alors Marcel la console comme il peut, ils prient ensemble. Quel courage, qui vient d’une grande foi. Alors qu’habituellement, dans ces cas, la femme va chercher un autre mari, l’homme prend une deuxième femme, eux résistent .. Des chrétiens touchés par les difficultés de la vie, qui cherchent et qui trouvent leur force dans la Foi et y retrouve la joie de vivre, il y en a bien d’autres. (quand il y a un manque de nourriture ou d’argent, quand le mari boit, quand les enfants tournent mal ….

6 Confiants dans le prêtre, les malades, au cours de visites, lui font des confidences, ils aiment parler de leur vie souvent avec des épreuves qu’ils ont vécues avec courage et sagesse. Ils parlent de leur famille où ils vivent quelquefois l’épreuve de la division ou de l’abandon de la Foi par les enfants, mais aussi où règne l’affection. 4) Ma joie, comme missionnaire, fut d’apprendre l’influence de la Foi dans la vie des chrétiens au village : Ignace Mbouzao en a témoigné devant des laïcs missionnaires venus de France : „Permettez-moi de faire appel à un souvenir : j’étais, à ce moment-là, aumônier des laïcs missionnaires, et à ce titre je participais évidemment, à leurs réunions. Un jour, ils avaient choisi d’appeler plusieurs diacres mariés pour savoir ce que les gens pensaient d’eux. Les diacres commencèrent par les rassurer, leur témoignages de générosité, de fraternité, de service touchaient beaucoup les gens. Ignace, un des diacre dit aussi :“Il y a une chose qui me gêne et gêne les chrétiens de ma communauté. Dans notre mission, il y a un couple de laïcs très proches de nous, très engagés. Mais le dimanche, alors que nous tous sommes en train de célébrer l’Eucharistie, nous les voyons se promener tout près, montrant que cela ne les concerne pas. Comment des gens qui sont avec nous toute la semaine se mettent-ils à part justement au moment le plus fort de notre rassemblement. Dans notre coutume aussi bien que dans ce que nous vivons comme chrétiens, nous ne pouvons pas comprendre„. Et il ajouta :“Mais alors, pour vous, Jésus c’est usé ! Chez nous, au contraire, Jésus nous a tout apporté : la liberté (avant, nous avions peur des esprits et interdits, des ennemis, des sorciers) , l’ouverture (avant, c’était le tribalisme, les conflits, nous avons appris le pardon et la paix), l’amour entre frères, le progrès, la connaissance de l’amour de Dieu !"

Ainsi ces quelques exemples donnés montrent que la mission de prêtre lui permet d’être « témoin privilégié » de la Foi, des luttes, des faiblesses, des reprises, des joies, en un mot de la vie de ses frères et sœurs chrétiens. La joie de l’Evangile, dont parle le pape François, nous en avons fait l’expérience. Je ne suis pas sûr qu’il y ait un autre métier dans la vie qui permette ainsi de connaître le « cœur » des humains ! Ma joie aussi, comme missionnaire, devant la reconnaissance des gens : ils disent merci pour la connaissance de Jésus, la Foi et pour l’amitié reçue. Ainsi le missionnaire se sent utile et dit merci à Dieu. 9) Qu’est-ce qu’ils m’ont appris ? J’ai aussi changé : que ce soit à travers mon travail apostolique ou en dehors :  j’ai appris l’humilité, l’admiration devant le témoignage de certains laïcs,  la bonne volonté des gens m’a donné confiance.  le sacrement de réconciliation m’a fait connaître aussi les souffrances morales  j’ai appris une plus grande compassion (par l’exemple d’un responsable)  j’ai pu voir que Dieu peut se servir de moi pour faire du bien (sentiment d’être utile)  J’ai appris surtout l’importance des relations humaines et j’ai appris à mieux accueillir, à ne mépriser personne, à respecter tout le monde.  J’ai appris encore la patience, l’endurance  J’ai appris à prier vraiment, avec toute ma personne.

7 10) (( expérience pastorale originale : la COMIPAR

• En 1993, A la COMIPAR (COmmunauté des MIssions PAroissiales) communauté d’Oblats chargée d’organiser des Temps de Réveil, dans les Paroisses, après 26 ans au contact des gens en Paroisse, on m’appela à faire partie de cette équipe.

Pourquoi le ‘‘temps de réveil“ ? Dans bien des Paroisses, le Temps était venu, où après une période « chaude » marquée par l’expérience du Baptême, il y avait un refroidissement, les soucis de la vie ayant envahi la tête et le cœur. Alors il s’agissait de réveiller leur enthousiasme, leur dynamisme. Comment ? : en organisant des groupes d’échange où on s’écoutait, on voyait ensemble ce qui avait poussé en eux, et en même temps en les aidant à relire leur passé, et à mieux organiser leur vie chrétienne. ((Quelle pédagogie suivie et pourquoi ? Nos interventions n’avaient pas pour but de donner un enseignement supplémentaire, mais de remotiver. Donc l’originalité de la COMIPAR était dans la manière dont étaient conduites ces réunions, la manière dont étaient abordées les réalités : • Les réunions eurent lieu dans les villages (ou dans les quartiers de ville). • Le dialogue, les échanges étaient recherchés. Des carrefours suivis de mises en commun facilitaient l’expression d’un grand nombre. Ainsi les communautés se soudaient davantage. • C’est à leur expérience, au lien entre leur Foi et leur Vie qu’il était fait appel. • Nous manifestions d’abord l’aspect attirant d’une réalité de la vie chrétienne, sa valeur. (valeur d’une Foi « personnelle », valeur de la vie communautaire etc …) • Nous veillions à avoir un langage « imagé ». • Des témoignages étaient donnés • Par nos types de questions, nous voulions permettre aux chrétiens d’exprimer ce qu’il y avait de positif dans leur vie, de réfléchir à la joie que pouvait apporter un bon comportement. Ils en ont été stimulés. Nota à propos du Contenu : l’expérience d’AIX, en 1992, (avec, entre autre, l’importance de la FOI PERSONNELLE, de la rencontre avec Jésus) a inspiré la 1° semaine de Mission sur LA FOI))

8 Quels furent les résultats ? Alors qu’ils avaient souvent du mal à „porter“ leur groupe, les Catéchistes et Responsables de Communauté retrouvaient la joie : ils voyaient leurs frères et soeurs se réveiller, et ils constataient aussi que des gens, sortis de la Communauté ou très irréguliers, invités à ces réunions, étaient revenus. Ils appréciaient l’animation, la méthode pédagogique et ont dit que cela leur apprenait du nouveau. Enfin ils ont vraiment été relancés dans leur engagement. Et nous-mêmes que pensons-nous de cette expérience ? Nous avons été heureux de constater que les gens nous faisaient confiance. Nous avons appris beaucoup de choses sur la vie concrète et la manière de sentir des gens et nous étions souvent touchés par des témoignages de foi. La recherche d’une méthode d’animation et l’expérience que nous en avons faite m’a bien marqué. Cette expérience de Missions Paroissiales m’inspirera pour la suite.)) ==============================================================

11. Commentaire sur le livre « NORD-CAMEROUN. Une EGLISE EN CONSTRUCTION »

Pourquoi avons-nous écrit ce livre ? Nous avons eu connaissance de critiques fausses sur l’activité de missionnaires, venant de gens du Sud …Cela nous a un peu provoqué. Et nous avons réfléchi ainsi : si on disait des choses aussi fausses, n’était-ce pas un peu la faute des missionnaires, qui avaient vécu cette mission. mais n’avaient rien écrit …Alors nous nous sommes mis au travail ! Voici quelques points importants à noter :

1) Notre Pastorale fut inspirée par LE CONCILE VATICAN II et les études du scolasticat où nous étions sensibilisés au respect des cultures et au développement !

2) Activité suivant 2 axes :

  • l’Annonce de Jésus Christ avec l’éveil à la Foi – L’engagement dans le développement Lien entre les 2. Le développement faisant partie « intégrante » dans une seule réalité : l’Evangélisation

3) D’où place importante des religieuses et des laïcs D’où la promotion de la femme.

4) Les sœurs et laïcs agissent au niveau village et non pas seulement de la communauté chrétienne.

5) Intéressantes ces équipes apostoliques père, sœurs, laïcs.

6) Grande importance de la communauté (avec dans sa structure du ministère du développement)

7) Le lien est recherché entre la liturgie et la liturgie.

8) Des évolutions dans la réflexion et la manière de faire : • Du développement individuel au développement collectif. • Des dons aux gens venant d’Europe à la demande de participation des gens. • Du travail pour le développement à la défense de la justice et de ses droits près des autorités. 9 12. VISAGE « ATTRAYANT » DE L’EGLISE

1) Communauté composée surtout de jeunes, ouverts, joyeux, dynamiques (et non d’anciens comme en France) 2) Convaincus, car baptisés étan jeunes ou adultes (gens baptisés étant enfants) 3) Communauté fraternelle (entr’aide) et vivante (chrétiens gagnés par l’individualisme ambiant en France) 4) Place et responsabilité données aux laïcs (en France, retard) 5) Equipe apostolique père – sœurs – laïcs fraternelle (en France, plutôt le cléricalisme) 6) Engagés dans la promotion humaine (en France, peut-être engagés dans l’humanitaire)

En Afrique, les communautés chrétiennes sont rayonnantes et attrayantes ! Et les laïcs expatriés (venant d’une Eglise composée pour la plus grande partie d’anciens) trouvent là un nouveau visage de l’Eglise jeune, attrayant ! ==========================================================================   10 13) Mon retour définitif en France en 2003 : Mes impressions sur la France Je redécouvris certaines réalités très positives de la France.  Ainsi, en contraste avec ce que j’avais vécu au Cameroun, j‘appréciai la manière courageuse dont les gens réagissaient à des situations ou des évènements malheureux, ne laissant pas aller les choses, mais cherchant les moyens de remettre les affaires debout.  Je relevai encore les nombreuses ONG humanitaires et un bon nombre de gens s’engageant généreusement dans les services, des gens consciencieux et compétents (infirmières dévouées, enseignants donnés à leur tâche près des enfants etc… Des amis, des parents vivant des valeurs humaines, spontanément.  Mais aussi quel individualisme !  Et, en même temps, je me posai la question : pourquoi, pourquoi l’absence de foi religieuse, un grand vide spirituel, aucune référence à la transcendance ! ? Cela me toucha et me touche encore. De fait, moi-même vivant cette ouverture à la dimension spirituelle de manière très positive, et ayant constaté combien cette expérience apportait au monde d’où je venais, je mesurais combien on pouvait passer à côté de grandes joies, de sources de vie, de liberté, de paix. Quel dommage ! Comment ne pas souhaiter cette découverte vitale à des gens qu’on aime.  Et quelle suractivité, entraînant malheureusement de la superficialité. !


Comment ai-je réinvesti, en France, le positif de mon expérience « Africaine » ? En 2006, En Paroisse à AIX : sous le signe de la‘‘Fraternité“ Marqué par mon passé en Afrique, je veillai à la qualité des relations pour faire de la Paroisse une communauté fraternelle, conviviale. Marqué par mon expérience des Missions Paroissiales et du ressourcement à AIX, j‘appris aux paroissiens comment faire la relecture de leur vie dans la Foi, au cours des Carêmes. A cela j’ajoutai, par souci d‘ouverture au quartier, des initiatives comme faire partie du Conseil d’Intérêt de Quartier, animer la fête des voisins, créer des communautés de quartier, prendre la vie de quartier comme thème de tout un Carême.


PLuc Athimon + PP - 2-2-20 à Ars (1)