Emilien Cabuchet

Grands témoins d’Ars contemporains ou amis du Saint Curé : Emilien Cabuchet

Emilien Cabuchet [1819-1902]

Emilien Cabuchet

Sculpteur

À la mort d’Emilien Cabuchet, le 24 février 1902, Le Journal de l’Ain remarquait : « La Bresse vient de perdre une de ses illustrations et la sculpture française un de ses maîtres, le plus grand peut-être dans le XIXe siècle, pour la spécialité qu’il s’était choisi, celle des sujets religieux ». Qui était cet illustre artiste bressan ?

Né à Bourg-en-Bresse en 1819, il est le descendant d’une famille de notaires et de médecins bien implantés dans cette région de la Bresse. Formé chez les jésuites (à Chambéry puis en Espagne), il rentre alors aux Beaux Arts de Lyon pour étudier le dessin. Mais, attiré surtout par la sculpture, il finira de se former à Paris (atelier de P.Ch Simart) et se perfectionnera à Rome. Marié en 1877 à Marguerite de Fresquet, il sera le père de quatre enfants.

Le pape bénit ses outils

Dédaigneux des bien matériels, homme de foi et de cœur, il semble ne vivre que pour son art : un jour, désespéré de ses résultats médiocres, il partit pour Rome faire bénir ses outils par le Pape… Il réalisa plusieurs sculptures qui le firent connaître au delà des limites du département et le spécialisèrent dans l’art religieux : le Sacré-Cœur et la Ste Vierge de l’autel de la Basilique de Lourdes, S. Vincent de Paul à Châtillon…

L’abbé Toccanier, auxiliaire de M. Vianney à partir de 1853, déplorait que les images représentant le Curé d’Ars fussent si laides ; ces représentations, que M. Vianney appelait son “carnaval”, circulaient alors largement chez les pèlerins d’Ars et au delà des limites de la paroisse. Voulant garder “une belle image” de son saint Curé, il s’adressa alors avec confiance à E. Cabuchet en vue de garder la mémoire de celui que tous considéraient déjà comme un saint ; celui-ci accepta aussitôt.

Maquette en cire

Il fut donc prévu que le sculpteur ferait une première maquette en cire en présence de son modèle. On obtint une lettre de recommandation de l’évêque –Mgr de Langalerie– afin d’éviter le refus de M . Vianney ; celui-ci n’en tint pas compte, et refusa l’expérience…
On utilisa alors des moyens cachés afin que l’artiste puisse “prendre” le visage du saint Curé. Le meilleur moment semblait être celui des catéchismes dans l’église, où le saint Curé était alors face à la foule. En 1858, Émilien Cabuchet se mêlant à la foule des pèlerins, travailla pendant 8 jours à son petit buste de cire.
Monsieur Vianney le repéra et faillit le renvoyer, mais tout rentra finalement dans l’ordre, et il réalisa son petit buste de cire. À partir de celui-ci, après la mort du saint Curé, il sculpta la grande statue qui le rendit célèbre : le Curé d’Ars priant à genoux devant le tabernacle, heureux et abandonné (la statue se trouve aujourd’hui dans la Lanterne des cierges, devant la Basilique). Il réalisa aussi, à l’occasion de la béatification de J-M Vianney en 1905, la statue dite de la glorification, érigée dans la Basilique.

Extrait des Annales d’Ars n° 317 [novembre-décembre 2008].