Homélie du 30 mars 2025, 4ème dimanche de Carême – dimanche de Laetare

Le 30 mars 2025

Des chrétiens chaldéens venus en pèlerinage à Ars m’ont posé la question de savoir pourquoi les chrétiens occidentaux, qui ne souffraient d’aucun empêchement politique, militaire ou de quelque ordre que ce soit, ne venaient pas à la messe ?… En effet… la question peut se poser…

Une première question… et un premier piège à identifier.

1/ « Oui, je me lèverai et j’irai vers mon Père » est la remarque qui initialise le mouvement de retournement du fils cadet.

Pourquoi le Pape insiste-t-il tant sur « Dieu bon et Dieu qui pardonne »… ? pour la même raison pour laquelle St Paul insiste pour l’appel à recevoir la Miséricorde de Dieu. Ce sont des mots choisis et loin d’être anodins.

Parce que jamais Dieu ne condamne le pécheur. C’est l’homme qui se condamne lui-même, et qui condamne les autres au passage. Il n’ose pas croire en la bonté réelle de Dieu… et n’a plus la force intérieure et l’honnêteté de s’extirper du pétrin où il s’est mis.

Si St Paul se présente en « ambassadeur », c’est bien parce que l’homme n’a plus les moyens d’agir par lui-même. C’est alors un autre pécheur qui devient ambassadeur auprès d’un autre pécheur. On pourrait alors entendre de la part du pécheur rejoint : « Si l’ambassadeur (de la Miséricorde divine) est l’un des nôtres… alors, peut-être quelque chose est-il encore possible ? » peut alors se dire le pécheur impénitent… ou désespéré !

Vous remarquerez bien que le « retour sur lui-même » du fils cadet n’a rien de glorieux : c’est uniquement à cause de la faim… Et il s’ensuit un constat réaliste : « je ne mérite plus d’être appelé ton fils » , et c’est vrai. Prolongé par un auto-jugement « prends-moi comme un de tes serviteurs »… c’est la seule issue humaine que l’homme à peu près honnête peut se donner. En effet, tout mérite est perdu. On est dans la nécessité du retournement… on attend encore « La grâce du relèvement » !

Le Curé d’Ars dit à sa manière ce retournement :

On note, du Curé d’Ars, sa cohérence personnelle : « Il vit ce qu’il dit » notera l’Abbé MONNIN dans son ouvrage de 1866. Cela est vrai aussi dans sa vie de pénitent. Non pas qu’il révélât ses péchés… mais plutôt que s’estimant le plus indigne de tous les pécheurs, il ne craignait pas d’y appeler les pénitents plus ou moins frileux ou récalcitrants. Rien d’étonnant alors qu’il rayonnât de la Miséricorde de Dieu, et put en témoigner en action de grâce de pécheur pardonné. Son expérience de pécheur lui fait prendre la dernière place devant la Miséricorde de Dieu autant que devant les hommes. Cette même Miséricorde divine lui fait autant craindre sa propre ingratitude personnelle devant tant d’amour divin : Je suis bien plus coupable que vous : ne craignez pas de vous accuser[1].

Conclusion 1 : Le 1er piège est dans la désespérance de s’en sortir et dans la méprise sur soi-même… le 2ème piège sera dans la minimisation : du genre « ce n’était pas si grave que cela »…

2/ « Un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait. Celui-ci répondit : ‘Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.’… »

La minimisation de la situation (1 manière de s’enfermer et de s’empêcher le Salut)

Le Serviteur n’a rien compris, et il va induire le frère ainé en erreur… «  le veau gras, car il a retrouvé ton frère en bonne santé » ! Pensez-donc ! Le frère cadet était « mort » ! un mort vivant, mais mort quand-même par rapport au statut de vie reçu de son Père…

+ Comment envisager le « pardon » s’il n’y a aucun danger à rester dans l’acte posé, s’il n’y a pas de danger à persister dans la situation détériorée qu’est le péché, s’il n’y a pas de danger à continuer à avancer de travers dans la vie cahin-caha… tant bien que mal… mais jamais vraiment bien. Et remarquez bien que cette situation médiocre s’accompagne souvent de complicité de malheur ou de faux-amis avec lesquels on se dit qu’on n’a peut-être pas complètement raison, mais on se console de n’être pas seuls.

+ On s’est éloigné de Dieu, on commence et on accroit de « vivre sans Dieu »… et on veut se faire croire que ce n’est pas si mal… et on persiste… et on est malheureux, mais on se supprime d’aller chercher la Miséricorde ou on s’évite de la recevoir, car ce n’est pas si grave aux yeux du pécheur.

Comparativement à cela, que fait le Curé d’Ars ? Dans un même élan, il ira jusqu’à supplier le pécheur de venir recevoir la Miséricorde : Ah! si je pouvais me confesser pour eux[2] !  … disait le Curé d’Ars. Il y a donc bien un vrai enjeu !

+ « Pourquoi pleurez-vous ? » lui demande un pénitent, au sortir du Confessionnal…  “ Je pleure de ce que vous ne pleurez pas ”, répondit Jean-Marie Vianney… et l’Abbé NODET de préciser :  ce n’était pas tant sur les péchés qu’il versait des larmes que sur la médiocrité de son pénitent[3]. Il faut lire ce que le Curé d’Ars dit sur le péché véniel et la médiocrité, dans le recueil de phrases du Saint-Curé par NODET…

+ Un témoin rapporte : Il va avec plus d’empressement chez le pécheur que chez le sage, parce qu’il sait que le pécheur a plus besoin de remèdes[4]. Un autre… Il semblait avoir de la prédilection pour les pauvres pécheurs, il n’était pas sévère pour eux[5]. Il y a donc quelque chose de dramatique chez le pécheur s’égarant dans son péché.

+ Le pire : c’est la situation de pécheur dont on se cache, où il est dans le déni. Et le Curé d’Ars regarde cela ‘du côté du pécheur’ : (le pécheur qui préfère ignorer qu’il est pécheur…). Il dit lui-même son intention la plus profonde :

  • Priez pour les pécheurs, c’est la plus belle et la plus utile des prières, car les justes sont sur le chemin du ciel, les âmes du Purgatoire sont sûres d’y entrer, mais les pauvres pécheurs… les pauvres pécheurs… toutes les dévotions sont bonnes, mais il n’y en a pas de meilleure que celle-là.[6]

On raconte : Il versait des larmes comme s’il avait pleuré ses propres péchés[7].

Conclusion 2 : Curé d’Ars connaît le véritable drame de passer à côté de la Vie éternelle… par le fait de s’habituer dans son péché. Il vit la MISERICORDE du pasteur, devant le CŒUR ENDURCI du pécheur.  « Laissez-vous réconcilier avec Dieu », dit St Paul en ambassadeur… C’est quasiment « acceptez de vous laisser réconcilier par Dieu, n’attendez pas d’y avoir un mérite… arrêtez de bouder, et revenez vers Lui »…

3/ La Miséricorde [ou la VIE NOUVELLE] est une grâce…, Et elle est surprenante :

Surprenante : En ce fait qu’elle se donne, de la part de quelqu’un qui n’y a aucun profit… et qui continue à donner de lui-même pour sauver… et sauver l’autre, et qui n’a aucun moyen de s’en sortir, et qui bien souvent ne le choisit même pas, n’ose plus l’espérer, estime cela comme improbable, et pourquoi pas inutile !

  • « Dieu est si bon que, malgré les outrages que nous Lui faisons, Il nous porte en paradis presque malgré nous. (suite 🙂
  • C’est comme une mère qui porte dans ses bras son enfant au passage d’un précipice. Elle est tout occupée d’éviter le danger, tandis que son enfant ne cesse de l’égratigner et de lui faire de mauvais traitements[8]. »

La « vie dans le Christ » est une vie nouvelle… et on rechigne de s’y avancer, d’y plonger !

En deuxième surprise : que la Miséricorde soit reçue ! il est surprenant que la Miséricorde soit reçue, tant le péché exerce sa capacité à couper de Dieu et à enfermer dans un cercle infernal, ou une bulle étanche… réduisant l’univers en un espace faussement protégé… mais surtout dans un espace sans issue ! c’est de l’esclavage pour toujours, c’est de l’univers restreint à perpétuité. C’est de la voie sans issue pour toujours, quelque soit le lieu vers lequel on se tourne. C’est le risque de la vie pour toujours sans Dieu[9] ! « l’arbre tombe du côté où il penche » Curé d’Ars… Et dans son Acte d’Amour : où il « appréhende l’enfer », (non pas à cause du feu ni des coups de bâton, mais ) parce qu’on n’y aura jamais la douce consolation de Vous (Dieu) aimer » !

Conclusion :  Se rappeler L’amour surabondant de Dieu : St Jean le dit : “ En ceci consiste son amour: Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est Lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation de nos péchés.[10] ”  

Cd’A : Ah ! si nous comprenions son amour, si nous pouvions voir son cœur tout embrasé de bonté, de compassion, de miséricorde, nous détesterions, nous pleurerions nuit et jour nos péchés Voix du Bon Pasteur 1860, 10 ; 18/139

On pourrait continuer : « NOUS AIMERIONS BENEFICIER DE SA MISERICORDE RIEN QUE POUR SE FAIRE RELEVER PAR LUI D’ENTRE LES MORTS ! et pour sentir vivre la vie de Dieu en nous, sentir la grâce du relèvement en nous… voilà apparaître la « grâce du relèvement » dont nous parlions tout à l’heure !

Faire l’expérience de la VIE NOUVELLE (que le fils aîné ne connaît pas, bien qu’il en vive tous les jours « tout ce qui est à moi est à toi » lui dit son Père)… c’est le problème de l’aîné…

Il faut entrer dans l’arithmétique de Dieu, Il faut entrer dans la VIE NOUVELLE: ce que le Curé d’Ars avait parfaitement compris  où il touchait du doigt combien le péché et les souvenirs du péché étaient un obstacle : ces péchés qui font peur au disciple et que par peur il est tenté de cacher… et qui l’inféodent :

  • Les péchés que nous cachons reparaîtront tous. Pour bien cacher ses péchés, il faut bien les confesser. Esprit 31 – MONNIN II 433 ; 64/139

 

Hier, en pèlerinage à Paray-le-Monial, la Paroisse d’ARS s’approchait de Ste Marguerite-Marie ALACOQUE, et du Cœur de Jésus qui « a tant aimé le monde et qui n’en reçoit qu’ingratitude »… mais aussi entendait cette parole de son père spirituel, le Père Claude LA COLOMBIERE s.j., parlant de ce qui offensait le plus Dieu dans son amour : « le plus offensant pour Dieu ce ne sont pas seulement nos péchés… mais que nous ne fassions pas confiance à sa Miséricorde » (on est en 1670)… Le Curé d’Ars ne dira pas différemment :

  • Il n’y a rien qui offense tant le Bon Dieu que de désespérer de sa Miséricorde

Voix du Bon Pasteur 1860, 186 ; 71/139

 

A nous de jouer maintenant dans ce torrent d’amour ! Non en récriminant que Jésus mange à la table des pécheurs, mais en nous réjouissant qu’Il permette à des pécheurs de venir à sa table [ce que les Pharisiens n’ont pas vu]… et de notre part, en plongeant aujourd’hui dans cette VIE NOUVELLE

 

 

[1] ORIOL P. V. 142 [NODET 66/139]

[2] J.-M. CHANAY P. O. 684 [NODET 66/139]

[3] NODET 69/139

[4] ORIOL P. V. 193 [NODET 65/139]

[5] VILLIER P. O. 638 [NODET 67/139]

[6] MONNIN P. O. 1126 – Fr. JÉRÔME P. O. 452 ; Esprit 313 – BELVEY P. O. 220 ; [NODET 65/139]

[7] SEIGNEMARTIN P. A. 634 [NODET 67/139]

[8] PAGÈS P. O. 415 (NODET 63/139]

[9] C’est la miséricorde qu’il nous faut découvrir !! Parce que c’est la vie de Dieu qu’il nous faut découvrir ! Il n’y a que ça qui puisse répondre à la soif infinie de l’homme : que Dieu qui puisse y répondre…

[10] 1 Jo. 3. 10.

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Rédacteur.

P Rémi Griveaux

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