Homélie du 8 juin 2025, Pentecôte

Le 8 juin 2025

Un contexte renouvelé :

  • Nous sommes au jour de la Pentecôte, où l’Eglise célèbre ce moment de l’envoi de l’Esprit-Saint dans le monde, sur les Apôtres rassemblés (avec Marie) et où toute l’Eglise sait bien que c’est son engendrement autant que son départ dans la Mission… (Mission déjà initialisée par l’envoi par Jésus-Christ ressuscité avant son Ascension).
  • Au même moment, dans la vie de l’Eglise contemporaine, nous venons de recevoir 2 textes pontificaux importants envers l’Eglise de France, qu’il s’agisse de la célébration nationale du Centenaire des 3 saints de 1925, dont 2 prêtres… qu’il s’agisse du rassemblement de 1000 prêtres de la Province d’Ile de France à Notre-Dame.

C’est donc une joie renouvelée comme telle que de marcher dans notre pèlerinage sur terre, portés et pressés par l’Esprit-Saint, chacun et toute l’Eglise ensemble.

Constat est fait qu’il n’y a pas de milieu intermédiaire entre « vivre bien » et le « mal constaté comme désastre, et dénoncé comme tel »… Un espace intermédiaire, comme une autre manière de vivre, qui ne serait « pas si mal »… et qui pourrait convenir, bien que laissant Dieu de côté tout en sauvant un peu d’humanité. Comme si on pouvait vivre mieux en rendant Dieu absent ou en faisant « comme si Dieu n’existait pas » (Benoît XVI) !… Si nous ne sommes pas ajustés à Dieu, mais livrés à nous-mêmes, nous méprisons Dieu, nous ratons la porte du passage vers le bonheur pour nous qu’est Dieu, et qui est en Dieu ; alors que la soif de bonheur, elle, ne rate pas de demeurer exigeante, « assoiffante »…

 

Il y a donc bien des aveuglements à débusquer : Notre relative sérénité de vie nous fait croire que nous vivons bien, et nous fait croire que cela peut nous suffire pour toujours. Mail il s’agit, là, d’un double aveuglement :

1/ le monde (même le nôtre, intérieur) ne va pas si bien que cela : le mal se répand, s’infiltre et explose rôdant et cherchant qui dévorer… L’homme livré à lui-même se fait chaque jour plus séduire par les démons : « il ne peut pas plaire à Dieu », dit saint Paul, mais il ne se plaît pas plus à lui-même : les convoitises comme la toute-puissance, la mainmise sur la vie dans ses origines comme dans sa fin naturelle sur terre… L’individualisme du petit bonheur réservé à soi fait autant refuser l’immigré que l’enfant à naître, que le souci d’une vie responsable en communauté, en famille, dans les villes ou dans la société : chacun veut « pour soi », « attirer à soi »… L’horizon de vie réduit à la consommation pour des plaisirs immédiats devient poussé à l’extrême (on se demande si on pourrait aller plus loin !)… L’éducation est en cause (c’est-à-dire la transmission) , mais aussi le sens de la responsabilité personnelle et sociale…

En même temps, l’homme n’est pas heureux… Quand est-ce qu’on va accepter de se relever de cet aveuglement ?

 

2/ En nous–mêmes, tout n’est pas parfait et un grand vide se fait jour,

S‘il n’y a pas le face à face avec Dieu qui nous fait vivre et qui seul peut combler la créature que nous sommes, nous devenons aveugles, par manque de perspective, par manque de vision, par repliement sur soi. Mais bien sûr, ce « manque » peut ne pas être aussi grossièrement marqué ; il est plus subtilement installé : il y a tout de même de l’aveuglement que nous allons explorer.

Une manière d’être aveuglé : se faire un « face à face » avec Dieu, mais « à notre mesure ».

  • Soit le disciple se fait conduire par l’Esprit-Saint… et il vit alors en « enfant de Dieu» car il accepte de parcourir un chemin nouveau, et il permet alors à Dieu de l’y faire grandir, et « faire grandir » est toujours laborieux. Tout est nouveau : la Parole de Dieu au quotidien, le temps d’oraison de chaque jour, le regard du frère ou envers le voisin… et même les signes des temps peuvent être interprétés nouvellement :  tout contribue à alimenter l’écoute de ces appels qui en d’autres temps auraient dérangé… mais qui aujourd’hui réveillent, nourrissent…
  • Soit le disciple parcourt à sa manière le chemin qu’il a pris l’habitude de vivre en enfant de Dieu, et se laisse prendre par l’habitude, et n’entend plus les appels quotidiens, les remises en causes, les failles-mêmes dans lesquelles il a fini par s’habituer à vivre… il est devenu un disciple « habitué »… l’Evangile n’est plus un lieu d’écoute… mais il est convoqué à l’autojustification d’une vie rangée ou choisie… La vie des Sacrements n’est plus le lieu d’une rencontre, mais pour son confort personnel, ou de consommation d’un peu de « religieux »…. La vie ecclésiale se transforme en club, où on va aux réunions qui nous confortent (certains pèlerinages en ce moment en ont fortement le goût), mais non plus aux rassemblements de l’Eglise toute entière, à l’écoute de l’appel de Dieu au quotidien…., et la lassitude qui en naît finit par nous les faire déserter, ou l’orgueil nous les fait radicaliser !

 

Le Pape Léon XIV nous donne 2 remèdes, en à peine 6 jours de distance, … qui peuvent réveiller la France entière :

  • La primauté de l’accueil de l’amour du Cœur de Jésus-Christ, et qui appelle en nous une immense action de grâce autant qu’une grande joie à vivre l’Incarnation au quotidien, pauvre et humble… mais justement, bien réel, et bien éloigné de toute fanfaronnade, habitude, ou laisser-aller au passéisme ou à l’émancipation capricieuse de gosses de riches….
    + Au contraire « Faire découvrir à chacun l’amour de tendresse et de prédilection que Jésus a pour lui, au point d’en transformer la vie», (nous dit le Pape ; dans le texte concernant le centenaire de la canonisation des 3 saints), « il ne saurait y avoir plus beau et plus simple programme d’Evangélisation » … Mais pour le faire découvrir, encore faut-il le recevoir comme tel, et donc le demander chaque matin comme un cadeau à Jésus-Christ qui nous sauve et nous le fait goûter. « l’homme est un pauvre qui a besoin de tout demander à Dieu » (Curé d’Ars)
  • Le renouveau du don de soi-même, appuyé sur le patrimoine déjà reçu (3 saints) dont il se nourrit tout autant qu’il le transmet,… Ce don de soi-même se traduit alors par 3 témoignages déterminants dans le monde d’aujourd’hui : (1) « cultiver la fraternité sacerdotale» (entre prochains), et (2) tous les « liens de charité envers les Evêques » (en famille) et (3) « prier sans cesse pour l’unité de l’Eglise » (voire s’offrir pour cela).

 

Ce qui est dit envers les Prêtres, peut l’être tout autant aussi pour les fidèles de tous ordres.
Il s’agit bien du don de soi et de l’offrande de soi dans un renouveau d’acte de foi en Dieu et en Son œuvre de Salut  (ce qui n’est pas toujours vu comme tel ; il s’agit le plus souvent d’apprendre à « consentir »… et non pas d’abord de « décider » ni de « faire ») . La vie nouvelle est alors celle de « l’Esprit-Saint qui est donné à ceux qui obéissent à Dieu » dit  saint Pierre dans les Actes des Apôtres (2 fois).

Et cette obéissance est sollicitée dans « des conditions sociales (ou personnelles) difficiles » . Il s’agit de ce qui est le plus communément un creuset. Par exemple, un renoncement à sa volonté propre ou une atteinte à l’amour propre de la personne. Cela vaut un véritable  passage par la croix . De là surgit alors le bonheur véritable de la présence de Dieu qui accompagne son disciple se convertissant, et qui comble le pécheur pardonné et témoin « miséricordié ». Seul Dieu peut combler la soif humaine… la glace de l’enfant, ou le baiser attendu de la fiancée ne suffiront pas (ou ne suffiront qu’un moment)… Le véritable enjeu est bien le « oui » à Dieu…

Ne nous leurrons pas, ce ne sont pas nos petites histoires ou chamailleries qui sont en cause : c’est ce oui à Dieu. Et le « grappin » sait très bien où il faut taper, séduire, ou s’infiltrer pour créer le trouble, engendrer le soupçon, distiller la mort à petit feu !

Ne nous trompons pas : le véritable enjeu est bien ce « oui » à Dieu que le grappin veut empêcher, détourner, miner par l’intérieur…

 

Partagez l'homélie sur :

Rédacteur.

P Rémi Griveaux

Horaires d'ouverture

Horaires de messes (basilique)

Confessions (basilique)

Adoration eucharistique

Heure de la Miséricorde

Chapelet

Liturgie des heures

CONTACT